Un vendredi par moi

Y a-t-il un Islam marocain par opposition «lapalissaire» (de Lapalisse) à un Islam non marocain ? Si l’on prend pour référence ce qu’avait déclaré Fouad Ali El Himma juste après la naissance de son Mouvement pour tous les démocrates (MTD), ou si l’on tient compte de ce qu’en a dit Ahmed Toufik lors de sa dernière sortie médiatique dans l’émission Hiwar, il y a lieu de croire que des composantes propres à la sociologie marocaine font du musulman marocain un prototype nuancé par rapport à des musulmans d’autres régions, essentiellement en Arabie Saoudite. Le débat que mènent actuellement les islamistes du MUR-PJD sur l’opportunité et la manière de célébrer la naissance du Prophète indique bien que même sur un sujet aussi commun aux musulmans, il y a divergence. Sans rentrer dans trop de détails, contrairement aux wahhabites franchement hostiles à la célébration, le MUR-PJD tente une position funambuliste autorisant la commémoration en essayant d’en uniformiser les rites en les «libérant» des pratiques qu’en font les Marocains suivant leurs régions où les zaouias auxquelles ils appartiennent. Pour ma part, l’important étant là, je n’ai aucun problème que l’on fête le Prophète : exclusivement dans les mosquées, chez-soi à l’abri des regards ou par des processions en direction des mausolées de certains «saints» sans trop m’attarder sur une dérisoire sémantique des lieux. Mais je ne suis pas sûr que la vraie attitude du MUR-PJD ne soit pas plus proche du wahhabisme, son «centrisme» affiché n’étant alors qu’une attitude tactique. Le sujet n’est pas anodin. Il n’induit pas moins que la délimitation de la différence entre le centrisme du MUR-PJD et les islamistes radicaux. On pourrait croire la tâche ardue, mais fort heureusement l’ingénieur Mohamed Elhamdaoui nous en livre les clés. Dans une chronique*, le président du Mouvement Unicité et Réforme fixe les différences entre «le changement radical et la construction accumulative». Sa thèse relève que «les projets sociétaux soumis à l’espace islamique s’accordent jusqu’à l’identique sur la situation dégradée de notre nation.» La démarcation entre eux sur le chemin de la construction «du modèle idoine» intervient, selon lui, au niveau des voies et moyens de l’atteindre. Tandis que les radicaux, pressés, œuvrent pour la révolution en considérant que tout réformisme ne peut que consacrer la dépravation de la société et profiter au système en place, les réformistes estiment au contraire que c’est «la réforme progressive et la construction accumulative» qui sont à même de concrétiser les desseins et les espoirs des islamistes. Sans trop nous attarder sur les développements de M. Elhamdaoui, on peut résumer son analyse en quelques mots : les radicaux comme les réformistes font un même diagnostic, ciblent un modèle identique mais divergent sur le remède et sa posologie. Est-ce là en conséquence la raison qui motive les «islamistes modérés» à presser l’Etat pour le dialogue avec les radicaux et peut-on alors en déduire que la Salafia Jihadia et le MUR-PJD ne sont que les deux revers d’une même médaille? J’en ai l’impression, mais il appartient à M. Elhamdaoui de nous préciser son point de vue.

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