Un vendredi par moi

Moulay M’hammed Khalifa, l’une des figures de l’Istiqlal, a participé aux côtés de Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD, au forum national de l’organisation du renouveau estudiantin qui avait pour thème «La réforme politique au Maroc». Sa présence à ce débat n’avait rien d’incongru. Elle s’inscrit dans la normalité politique d’échange de bon aloi entre partis parlementaires. Elle fait également écho au référentiel islamique commun des deux partis, même si l’approche éclairée et tolérante qu’en a Allal El Fassi n’épouse pas celle du PJD. Elle participe enfin  de la redistribution des cartes que vit le jeu politique au Maroc en perspective des législatives de 2012. Vieux routier de la politique, avocat chevronné, ancien député fort éloquent, l’ex-maire de Marrakech est en droit de se positionner pour son compte et, accessoirement, pour le compte de sa formation politique avec un discours qui n’est pas en réel décalage avec nombre d’Istiqlaliens. Mais j’ai été tout de même surpris que Moulay M’hammed Khalifa s’étonne, sans autre forme de procès ou d’approfondissement de la réflexion, que l’Espagne ait pu en quelques années réaliser en matière de démocratie un énorme bond en avant et pas le Maroc. C’est à croire que M. Khalifa ignore que la construction de la démocratie n’est pas une marée sans reflux mais le produit d’une longue accumulation de toutes sortes : des expériences politiques, des acquis économiques,  des avancée sociales, des évolutions culturelles, etc.
Pour la gouverne de M. Khalifa, la démocratie espagnole n’a pas surgi de la Constitution de 1978. Le Royaume des toréadors a connu sa première loi fondamentale instaurant une monarchie parlementaire en 1812, un siècle avant que les Marocains n’esquissèrent leur première réflexion sur la question. Et même si l’essai de 1812 ne dura pas plus de deux ans, l’esprit constitutionnaliste s’installa désormais en Espagne qui connut par la suite trois autres Constitutions (1837, 1873 et 1931) dont deux débouchèrent sur la proclamation d’une République et une atroce guerre civile. Sans doute,  l’Espagne, qui a eu ses moments de gloire, est passée à côté de la révolution industrielle et plongea de ce fait pour longtemps dans le sous-développement jusqu’à l’avènement du franquisme. Paradoxalement, et pour sanguinaire qu’il fut, Franco réussit à engager une profonde restructuration et modernisation du pays le libérant des archaïsmes de la féodalité latifundiaire. L’entreprise  lui a pris presque quarante ans, mais à partir des années soixante, la régence de Franco commença à connaître des taux de croissance à la japonaise (entre 6 et 9%) et à sa mort en 1975, l’Espagne s’est retrouvée au rang de neuvième puissance industrielle drainant dans son sillage une classe  moyenne large  et mature.  A titre de comparaison, l’actuel PIB moyen par habitant du Maroc est de 2.811 dollars quand celui des Espagnols avoisinait il y a trente cinq ans les 8.700. L’analphabétisme y était pratiquement éradiqué alors qu’aujourd’hui il est encore chez nous autour de 48%. Si l’on y ajoute l’effet locomotif de son environnement géopolitique (Union européenne et Otan), je crois que le compte est bon. Et contrairement à ce qu’assure l’adage, comparaison peut être raison.

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