Un vendredi par moi

Noureddine Saïl, directeur général du CCM, fait l’objet d’une vraie cabale dans l’espoir de lui régler son compte. Ses défenseurs en «prennent aussi pour leur grade». Les pourfendeurs des uns et des autres puisent leurs arguments dans le rapport de la Cour des comptes pour produire de véritables brûlots contre le directeur du Centre cinématographique et ses amis. On aurait aimé dire que c’est de bonne guerre, les rapports de la Cour des comptes étant faits précisément pour pointer les failles et montrer du doigt les gaspillages des deniers publics. Seulement je ne suis pas absolument sûr que ceux qui s’en prennent à Noureddine Saïl soient exclusivement motivés par la défense du bien public. En fait, je suis même certain du contraire. Le patron du cinéma marocain est pris à partie pour ce qu’il est et ce qu’il représente aux yeux de tous ceux auxquels le libéralisme intellectuel de l’homme donne des allergies asphyxiantes. C’est de l’intolérance à l’état pur, impur serait plus approprié. Non pas que Noureddine Saïl serait une vache sacrée, mais les boutefeux qui le poursuivent de leur hargne, en plus qu’ils sont cinéphobes, ne savent pas lire. Analphabètes bilingues en quelque sorte. Ils écoutent l’accusation sans entendre la défense que comporte pourtant le rapport de la Cour des comptes. Ils relèvent les dysfonctionnements sans en chercher la cause qui peut se cacher dans des procédures administratives qui ont montré leurs limites. En gardant à l’esprit qu’elle n’est ni parole d’évangile ni jugement dernier, la Cour des comptes est en train de faire des étincelles, dans ce sens où elle est en passe de réussir à occuper toute sa place et à jouer pleinement son rôle dans le contrôle des rouages de l’Etat. Elle a été créée à ce dessein, mais longtemps elle s’est contentée de contempler le vol des oiseaux. Ou son travail, quand il était fait, ne donnait lieu à aucune publication et en conséquence à aucune suite. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et d’aucuns vont commencer à trembler à la vue des agents de la Cour. C’est un immense acquis sur la voie de la construction de la démocratie au Maroc et la réalisation des objectifs de la bonne gouvernance, un des credo stratégiques du règne de Mohammed VI. En 2008, la Cour a effectué aussi bien au plan national que régional plus de cent trente opérations de contrôle qui ont débouché sur des rapports volumineux pointant les défaillances. Celles-ci sont de plusieurs ordres. Je n’en citerai que trois : les détournements qui ne peuvent relever que du pénal. La mauvaise gestion, dont les causes sont aussi diffuses que multiples. Leur résolution appartient au champ des mesures administratives. Et enfin le contournement des règles et procédures sans qu’il conduit à un enrichissement personnel. Sans doute les règles sont-elles là pour assurer la rigueur de la gestion et la propreté des transactions, mais parfois elles peuvent s’avérer handicapantes ou obsolètes. L’un des intérêts de la Cour des comptes est précisément de permettre d’ouvrir le débat, pour une meilleure efficience des départements et établissements de l’Etat, sur la mise à jour des procédures et l’huilage des mécanismes.

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