Un vendredi par moi

«Mélancolie française»*. L’aurais-je acquis si son auteur était autre qu’Eric Zemmour, exactement celui-là qui a déclaré sur une chaîne française que «les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés [par la police] que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes!» Exactement le même aussi qui a affirmé ne pas comprendre que Rachida Dati, celle qui avait été un temps ministre de la Justice sous Sarkozy, prénomme sa fille Zohra, aux connotations arabes, au lieu de l’appeler, j’invente, Justine et même pas Alice au pays du calice jusqu’à la lie. Parce que Alice, celle qui a été au pays des merveilles, dont a accouché la plume de Lewis Carroll, est née en Grande-Bretagne. Zemmour, juif, s’il avait préféré son israélité à sa francité, serait certainement un extrémiste de droite à la Lieberman, mais, seul baume au cœur,  en plus cultivé. «Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est un fait !» Oui, c’est un fait, et n’essayez même pas de l’attendrir sur les conditions socio-économiques de la zone et l’exclusion qui est le sort de zonards. Eric Zemmour n’a pas seulement endossé, la fleur au fusil, l’habit de l’odieux pour dire tout haut ce que beaucoup murmurent, mais son ouvrage signe et développe. Il en est convaincu : les hordes sont inassimilables. Elles en sont à interdire à leurs enfants de parler français à la maison.  Son propos a fait polémique mais si peu malgré de fausses apparences que l’on est à croire que ce fut pour la forme, une close du style sacrifiant à l’exercice du politiquement correct qui l’horripile. «A trop vouloir prouver, à trop vouloir lisser, à trop respecter les canons du politiquement correct, à ne plus parler d’«invasions barbares» mais d’«immigrés» (…), scande Zemmour, les historiens d’aujourd’hui renouent paradoxalement avec l’optimisme béat qu’ils reprochent aux élites de l’Empire Romain». La France héritière de la Rome antique ou le rêve inachevé. Voilà le couteau dans la plaie de Zemmour.  Le songe s’est brisé sur le mur de la Sainte-Alliance. Autrichiens, Prussiens et Russes qui plus est en territoire britannique ont mis fin aux ambitions omnivores de Napoléon. Dans les leçons d’histoire, nos profs l’appelaient la défaite de Waterloo. Deux siècles après, Eric Zemmour, d’origines algériennes, en souffre encore. Dans un style virevoltant et flamboyant, mais il en souffre. Une maigre consolation, mais une consolation tout de même pour la horde des barbares. «La France n’est pas en Europe ; elle est l’Europe.» Faute de ne pas l’avoir compris, Giscard d’Estaing n’a pas perdu les présidentielles de 1981 parce que Mitterrand, avec l’appui en sous-main de Chirac, l’avait battu, mais parce qu’«il a été le seul politique français (…) qui ait assumé publiquement le déclin français.». Encore une plaie pour Zemmour et une maigre consolation pour les hordes. Passée la nausée, Mélancolie française qui  n’est pas sans rappeler, en la francisant, la démarche de «l’édit de Caracalla»**, aurait pu être un beau livre comme peuvent l’être souvent les récits homériques des guerres perdues.

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