Un vendredi par moi

La Cour des comptes est un volcan qui a fait irruption dans la vie des Marocains sans crier gare. Institution constitutionnelle depuis 1996, son premier rapport d’activité dans son statut actuel remonte à 2003 et 2004. Mais, c’est bien la première fois cette année que les résultats de sa mission agitent autant le bocal politico-médiatique. C’est un acquis et signe de bonne santé. Même si Transparency Maroc n’est qu’à moitié satisfaite, l’existence de la Cour, pour reprendre une déclaration de son président, Ahmed Midaoui, devant  l’INTOSAI*, «est un gage de transparence et d’une bonne gestion des finances publiques.» Le politique, relayé par la presse ou la presse de son propre chef, sont dans leur rôle lorsqu’ils donnent un maximum de publicité au contenu des rapports de la Cour ou s’interrogent sur l’usage qu’en ferait la justice. Le sont-ils encore quand ils désignent à la vindicte populaire les mis en cause avant même que le parquet général de la Cour ne décide de ce qui mérite ou pas la présentation à la justice. Mais la vie politique, par définition féroce et sans merci, est ainsi, une cheminée dans l’hiver glacial des idées, elle a besoin constamment de bûches pour chauffer l’ambiance. Dans un article du dossier consacré par le quotidien à la Cour des comptes, Alahdat a cru, fort justement et fort malheureusement, nécessaire de rappeler une lapalissade : détournement et dysfonctionnement n’ont pas la même signification. C’est dans ce contexte que l’entrée en jeu du ministre de la Justice, Me Mohamed Naciri, prend tout son sens en rappelant les voies à emprunter et les règles à suivre avant que la justice ne s’en mêle. La confusion est telle qu’il faut savoir raison garder et il n’est pas question pour son département de s’engager dans des poursuites irréfléchies. Enfin un ton de sagesse dans un brouhaha d’extravagances. Entre l’instruction et le jugement des comptes, le travail de la Cour est une mission harassante. Pourtant des amateurs s’improvisent experts au pied levé pour traiter par-dessus la jambe l’aboutissement d’une enquête complexe.
L’investigation de la Cour des comptes est une véritable plongée dans les dédales des procédures et des registres comptables dont le produit est un rapport solennel qui comporte également les réponses des contrôlés intégralement ou – notez bien – partiellement. L’infaillibilité n’étant le propre de personne, outre les voies de recours prévues par le code la Cour, c’est documents à l’appui qu’il appartiendra, le cas échéant, au glaive de la justice et à lui seul de sonner le glas des fraudeurs. Lui seul, en effet, est à même de démêler la pelote avec la possibilité qu’il a de donner du temps au temps pour décortiquer les dossiers, la sérénité que lui procure la distance avec le sujet et les moyens qu’il a de requérir la compétence de l’expertise et d’assurer à la défense ses droits ? Autrement, rapidement l’histoire se transformerait en un vol au-dessus d’un nid de coucous.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *