Un vendredi par moi

J’aurais aimé partager l’optimisme de Khalil Hachimi Idrissi qui considère que l’attaque terroriste d’Israël contre la flottille humanitaire met l’Etat hébreux «hors du droit international, hors de la communauté internationale [et] bientôt […] hors de l’humanité humaine.»* La formule est belle mais c’est Washington qui met le premier bémol à cet enthousiasme en s’opposant à une enquête indépendante. Et tant pis pour le discours du Caire qui nous a tant fait espérer parce que nous avons voulu y croire. Autant donc en emporte le vent. Avec Israël ce n’est pas la peine de nous égosiller à qualifier sa barbarie ou de considérer, comme on veut nous en convaincre, que ses dirigeants sont dans un délire obsidional provoqué par son sentiment d’Etat assiégé. Israël est tout simplement dans la logique de son ADN. Produit d’une mystification de l’histoire**, né d’un viol du droit international et du vol d’un territoire, il se perpétue dans le vol, le viol et la mystification. Comparé à tous les crimes commis dans les territoires palestiniens contre les Palestiniens depuis soixante ans, le carnage de la flottille humanitaire est d’une humanité sans égale. Regardons plutôt ailleurs que là, pour voir comment s’organise la communication israélienne relayée abondamment par les Occidentaux : Le convoi humanitaire est apprêté par une organisation islamiste turque et l’erreur qu’a commise Israël en l’attaquant ne fait que renforcer Hamas. Merveilleuse gymnastique par laquelle la victime devient le bénéficiaire du crime. S’ensuit la question subsidiaire : Ces évènements compromettent-ils le processus de paix que rejette Hamas ? Comme s’il y avait un processus de paix depuis Oslo, sans cesse battu en brèche. Sans remettre en cause la sincérité de ses militants, l’avènement de Hamas lui-même s’inscrit dans ce battage. Peut-être l’avons-nous oublié mais les élections qui l’ont porté au pouvoir l’opposaient au Fatah considéré par les Américains comme corrompu et incompétent. Hamas lui-même jugé pour sa part infréquentable, Washington n’en estimait pas moins qu’il devait jouir de la régularité du scrutin au point de dépêcher en 2006 la fondation Carter pour y veiller alors que tous les sondages et tous les observateurs donnaient les islamistes victorieux. C’est sain en soi si dès l’annonce de la victoire, le Hamas n’avait pas été déclaré hors-la-loi pour actes terroristes aggravés. Mobile largement suffisant aux yeux de l’Occident pour lui couper vivres et voies de communication. Ce qu’il en a découlé, tout le monde le sait et depuis on en est encore là. Si bien qu’il faut croire aujourd’hui que derrière l’arbre de la condamnation internationale se cache une forêt de duplicité. La seule attitude qui vaille pour que survive quelque chose du discours du Caire est, pour les USA, d’annoncer la mesure concrète qui permettrait au peuple palestinien – Hamas ou pas Hamas, Fatah ou pas Fatah – de rentrer dans ses droits. Mais il ne faut pas rêver. Le premier président noir de l’histoire de la Maison-Blanche connaît ses lignes jaunes.

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