Un vendredi par moi

Combien étaient-ils dimanche dernier les Marocains et Marocaines qui ont manifesté leur solidarité avec la Palestine dans les rues de Rabat ? Dans la surenchère des évaluateurs c’est tout naturellement Khalid Safiani, président du groupe de travail national pour la Palestine et l’Irak, qui remporte la palme. Ils étaient trente millions, affirmait-il sans broncher. L’énormité de l’affirmation laissait aisément deviner qu’ils n’étaient pas si nombreux que ça les manifestants. Les chiffres de la police, quarante cinq mille, il y en avait – soit dit en passant – autant pour Elton John lors de Mawazine, étaient donc les plus proches de la réalité. Mais la pirouette a du sens et le même Khalid en héros absolu de la contestation totale contre-attaquait par une question : y a-t-il aujourd’hui un seul Marocain, où qu’il soit, qui n’est pas de cœur avec la manifestation. Evidemment, vu sous cet angle. C’est d’ailleurs de bonne guerre que les organisateurs qui ont annoncé officiellement la marche à six cent mille, gonflent la participation. La presse suit. Les gros titres sont généralement consacrés à l’exagération tandis que la mesure de la police est verticalement en astérisque dans le texte. Un quotidien s’en sort en rapportant que «les organisateurs ont considéré» que les manifestants étaient au nombre de six cent mille, quelques-uns sont restés dans le probable, d’autres feront dans la généralité en parlant de centaine de milliers. Quoiqu’il en soit, la manifestation de Rabat était des plus importantes à travers le monde. On est rassuré. Mais la façon la plus appropriée d’aborder la sémantique de la manifestation, c’est d’en voir l’évolution dans le temps. Entre le cortège de soutien à Saddam Hussein lors de la première guerre du Golfe et celui de la semaine dernière, que d’eau sous les ponts. Au fil des ans, on a assisté à une inexorable érosion de la participation dont il faudra bien un jour analyser les causes. Les partis politiques traditionnels et la société civile ont dominé la manifestation en nombre mais ce sont les islamistes d’Al Adl Wal Ihssan qui ont bluffé les observateurs par leur discipline. Curieux quand on sait qu’eux-mêmes n’ont pas échappé à la désagrégation. Entre huit et dix mille à tout casser. Ce qui est une bonne nouvelle en soi. Autre phénomène, inédit celui-là, la participation sous son propre label d’une zaouya, la Boudchichia en l’occurrence. A retenir également la présence de l’Association marocaine des droits de l’Homme et d’Annahj qui fermaient la marche. Infime quand on pense au bruit qu’ils font. Toutefois, le fait marquant de cette manifestation reste l’intrusion de la Turquie sunnite dans l’équation palestinienne au détriment du Hizbollah libanais prête-nom des sympathisants de l’Iran. Il nous faudra encore du temps pour en saisir toute la portée et la vraie signification : candidature au leadership musulman ou jeu américain ? Les deux peut-être.

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