Un vendredi par moi

Scène de football dans un bar  parisien tenant en haleine une foule de téléspectateurs visiblement de type maghrébin. Algérie vs Angleterre. A chaque arrêt du gardien de but  algérien, une clameur de soulagement s’élève. Ouaaai mon frère, continue mon frère, bravo mon frère. A la fin du match, un match nul, zéro partout, un jeune, les yeux ailleurs, sanglé de son pull au niveau des hanches, se lève et hurle : one two three, vive l’Algérie ! Rapidement un cortège se forme pour une transe exutoire et se sera ainsi pour la soirée dans toutes les grandes villes de France. Commentaire d’une mauvaise langue : A force de subir ou de craindre les débâcles, une égalité se transforme en succès, la joie venant du sentiment d’avoir évité le pire. Une autre interrogation, langue moins péripatéticienne – une façon pudique pour moi d’utiliser le langage fleuri de l’attaquant français Anelka : quelle est la différence entre une grande et une petite équipe ? En cas de match nul, la première affiche des têtes de défaite, pour la seconde c’est l’inverse. Mais dans le genre, il y a mieux. Au lendemain de l’élimination de la même équipe algérienne par son homologue américaine (1 à 0), le journal L’Expression s’exprime admirablement sur la défaite : «Tenir tête durant tout le temps réglementaire à l’équipe de la première puissance du monde n’est pas une mince affaire. Les Algériens ont prouvé au monde entier qu’ils ont désormais une grande équipe de football. Là est notre victoire. Merci les Verts ! Vous avez été magnifiques.» A défaut de gagner la Coupe du monde, les voilà donc champions de la sublimation. Car à ce qu’on sache, les USA sont une puissance économique et militaire, très forts en football américain, en basket et en athlétisme et à peine balbutiants dans ce qu’ils appellent le soccer. Mais va pour les Verts, dans la défaite ils ont été magnifiques ! Sauf qu’il y a un petit problème : quel qualificatif  précédé de quel superlatif devrait-on alors réserver aux Ghanéens qui ont sorti la superpuissance américaine par 2 à 1 ? J’ai beau tourné, je ne vois qu’une solution, donner au Ghana la place des USA au Conseil de sécurité de l’ONU. Une idée fait son chemin pour casser l’exclusivité illégale de la chaîne Aljazeera dans la transmission de la Coupe du monde dans la sphère arabophone sous l’appellation fallacieuse des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Cette exclusivité exclut Israël qui joue avec l’Europe mais inclut le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Egypte sous prétexte de l’unité de la langue alors que nos éliminatoires nous les faisons avec notre ère géographique naturelle, l’Afrique. Dans l’organisation de la FIFA, les pays arabes, regroupés pour la plupart au sein dans la Fédération asiatique, n’ont aucune existence juridique et même l’argument de la langue ne tient pas la route. Le Maroc et l’Algérie, pour ne citer qu’eux, comportent une forte présence amazighe qui justifie l’existence dans ces pays de chaînes audiovisuelles en berbère. L’occasion pour les militants amazighs de monter au créneau sans que les islamistes et les puristes de l’arabe ne trouvent à redire de peur de mécontenter le peuple du foot.

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