Un vendredi par moi

Expérience ramadanesque. Passer en revue par un après-midi tous les quotidiens que compte notre pluriel pays. Une lecture sélective bien sûr, les titres et quelques articles. Quatre heures  à m’user les yeux. C’est beaucoup et en apparence pour si peu, ce qui n’est pas si certain quand on y regarde de plus près. Sans doute la diversité du paysage manque de couleurs et de reliefs tellement les lignes éditoriales se confondent dans le racolage et le voyeurisme à volonté. Rareté de l’actualité ou paresse professionnelle, les titres jouent aux chaises musicales passant au fil des jours d’un journal à l’autre. La polémique encore, surtout entre confrères, non pas toujours dans ce que le genre peut avoir de noble et de littéraire, mais souvent dans ce sens où les mots deviennent à l’écriture ce que le crachat est à la salive ; un signe de mauvaise santé intellectuelle. Pourtant. Passées les premières pages, les journaux recèlent de textes d’une qualité indiscutable et portent sur des sujets à controverse qui auraient pu alimenter et animer un débat national d’une actualité pressante : Dieu, le Prophète, le Coran, l’Islam et les Musulmans. Ce qui passe ainsi inaperçu ressemble à un échange sur des voies parallèles, contestant comme par inadvertance l’exégèse traditionnelle de l’Islam. Face aux tenants de l’intégrité du dogme, une certaine iconoclastie s’est installée pour, sinon remettre en cause, au moins pour s’interroger  sur la véracité du texte coranique, poser des questions sur l’œuvre du troisième calife de l’ère musulmane, Uthman qui a présidé à la mise en forme du Saint Livre dans le scripturaire, revisiter la raison laissée en rade avec l’autodafé de l’œuvre d’Ibn Rochd … Entre autres exemples, dans Alittihad Alichtiraki,  Saïd Mountassib, le plus «hardi» de tous, a procédé à des lectures audacieuses qui ont embrassé des sujets aussi tabous que l’authenticité de la révélation. Par le biais du chercheur tunisien Hicham Djaiet, Al Ahdath Almaghrébia s’est attaqué aux dessous tribaux et politiques de la vulgate uthmanienne du Coran. Dans Akhbar Alyoum, l’islamiste Mustapha Môtassim, l’un des six condamnés dans l’affaire Belirej, fait un plaidoyer argumenté pour la liberté de croyance à contre-courant de ses frères d’arme au PJD et ailleurs, engagés dans une inutile croissonade contre le prosélytisme évangélique. Même dans le quotidien du MUR – PJD, Attajdid, un souffle de modernité trouve sa voie dans une lecture de Abdelali Hami Eddine dans «L’Autocritique» de Allal El Fassi qui considérait en 1952 déjà que les partis politiques devaient se substituer à «ahlou alhal wa al’aqd», une élite supposée érudite, la plupart du temps composée de religieux, qui s’arrogeait le droit de dire le licite de l’illicite et de faire et défaire ce qui fait la vie de la collectivité comme de l’individu. Pour le journal d’une mouvance qui milite pour la suprématie des théologiens, les avis de Allal El Fassi résonnent comme une autocritique, si ce n’est pas de la part de la rédaction juste une faute d’inattention.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *