Un vendredi par moi

Omar Dahbi, rédacteur en chef d’ALM, a dit dans sa rubrique «Décryptage» du 6 octobre l’essentiel sur la fermeture de Nichane. En dépit du proverbe marocain qui invite à dire du bien des morts quels que soient leurs défauts, Omar a ce constat assassin : «comment peut-on prétendre au boycott publicitaire liberticide dans le cas de Nichane et afficher une excellente santé financière à TelQuel» alors qu’ils sont pratiquement copies conformes. Sans donc entrer dans le sophisme de Nichane, il vaudrait mieux raconter l’histoire du Canard Enchaîné. Fondé en 1915, l’hebdomadaire français s’est donné pour règle d’être en permanence du côté de la dénonciation satirique et du commentaire irrévérencieux. Sa «brosse à reluire», une rubrique à succès, n’est qu’une façon de rire des flagorneurs. La charte des journalistes du Canard leur interdit d’accepter la Légion d’honneur. Pour avoir dérogé à la règle, Pierre Scize, un des collaborateurs du journal, a été renvoyé. La légende veut que pour sa défense, il aurait plaidé n’avoir rien demandé. Ses collègues lui auraient rétorqué qu’il n’avait qu’à ne pas la mériter. Dès le départ et avant que la publicité n’ait l’importance qu’elle a aujourd’hui, les fondateurs du journal satirique avaient conscience de l’impact qu’elle pouvait avoir sur leur liberté et ont parié sur la seule vente des numéros. Pari tenu. L’hebdomadaire affiche une bonne santé financière tout en ayant fait un choix net entre le beurre et l’argent du beurre. A l’occasion du jugement dans les Pays-Bas de Geert Wilders, député d’extrême droite, poursuivi pour incitation à la haine raciale qui s’exprime à travers une islamophobie pleinement assumée, certains écartent une montée du péril raciste en Europe et attribuent ses manifestations actuelles à la conjoncture de crise. On aimerait bien partager cet optimisme mais visiblement la recrudescence du racisme et de l’islamophobie obéit à une lame de fond qui ne date pas d’aujourd’hui. Elle a commencé par l’affranchissement de l’Occident de son sentiment de culpabilité coloniale. Elle s’est poursuivie par une extension des mouvements de l’extrême droite un peu partout dans les pays occidentaux. Le néo conservatisme américain, toujours présent en force aux Etats-Unis, se fonde, pour simplifier, sur la distinction entre l’être civilisé, occidental forcément, et le reste du monde, barbare par définition. En France, patrie des droits de l’Homme, la droite républicaine récupère les thèmes lepénistes, dans les pays scandinaves, classés jusque là parmi les pays accueillants, la poussée extrémiste se fait sérieusement sentir. Même l’Allemagne, retenue jusque là par son passé nazie, se lâche par la voie de sa chancelière Angela Merkel. Au point que Jean Daniel du Nouvel Obs se demande si le Turc, entendez musulman, ne sera pas demain le nouveau juif. Pour l’instant la réponse est négative, mais nous ne sommes qu’au début d’un retour du cycle ; le propre et le problème de l’homme étant sa mémoire courte.

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