Un vendredi par moi

Chrif Mekki de Skhirat, Mekki Tourabi de son vrai nom, porte désormais son patronyme, comme jadis la noblesse française, et européenne en général, portait ses titres, avec une particule et en référence à un chef lieu. Ce charlatan a des airs de châtelain. Il suffit de le voir se mouvoir au milieu de la foule de ses «patients» pour comprendre que le personnage est passé en son fort intérieur du statut de guérisseur à celui de saint. La représentation humaine à lui seul de la trinité : le Père, le Fils et le Saint Esprit en même temps. Dans le star- système on appelle cela le syndrome du vedettariat : la grosse tête. Pourquoi pas alors même que le vénérable cheikh Youssouf Qaradaoui, grand ponte de la confrérie islamiste, s’attaque au phénomène, signes du Coran à l’appui. En substance pour dire à son auditoire que les astres dont le «chrif» prétend tirer son énergie n’ont aucune conscience propre et ne peuvent en conséquence être d’un quelconque secours autre que celui que lui définit le Saint Livre, guider les gens dans l’obscurité des terres et des mers. Comment le cheikh peut-il en être sûr quand on sait que notre mère la terre, qui – il est vrai – n’est pas une étoile, regorge de sources d’énergie dont la plus répondue est le pétrole. Il en découle de la lumière, de la propulsion pour les moteurs, de l’asphalte pour le revêtement des routes, des dérivés dont certains servent à l’industrie pharmaceutique et bien d’autres miracles de la nature. Par exemple, les désastres écologiques pour rappeler à l’homme son infinie impuissance. Me voilà charlatan à mon tour. Mais mon énergie je la tire des mots seulement. Une belle magie que je manipule parfois avec succès, d’autres avec moins de bonheur. Par moment, mes journées s’inspirent des rubriques astrologiques des journaux. Comme je ne connais pas ma date de naissance exacte, je parcours tous les signes et je prends celui qui m’arrange le mieux. Enfants, on jouait à qor’ate alanbiya’e, la loterie des prophètes, un livre aux pages d’un jaune particulier qu’on ouvrait au hasard et du doigt, les yeux fermés, on pointait la ligne de son destin. Des milliers par centaines, des gens consultent les guérisseurs et autres imposteurs. L’astuce marche semble-t-il mais à une condition. Avoir la foi. Si ça rate c’est que vous n’y avez pas suffisamment cru. C’est donc votre faute et le tour est joué. Il suffit de voir les files qui consultent Makki de Skhirat pour constater que le phénomène dépasse les classes sociales et se joue des catégories socioprofessionnelles. Qaradaoui et ses pairs ont toujours essayé de contenir le phénomène du charlatanisme. Sociologues, psychologues, anthropologues et autres ont essayé de l’expliquer. Lui continue de prospérer comme si de rien n’était. Depuis que le monde est monde, le paranormal a fasciné l’humanité. Seuls les animaux apparemment y échappent. A croire qu’ils sont plus intelligents que l’homme. Ou moins angoissés. Ou plus fatalistes.

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