Un vendredi par moi

Le débat autour de la nouvelle Constitution prend forme, les idées se déclinent même si l’on peut regretter qu’il occulte, pour l’instant du moins, un socle fondamental de ce que le Maroc est en train d’entreprendre, en l’occurrence la régionalisation avancée qui est un transfert de pouvoirs centraux et régionaux à des élus au suffrage universel. Ce n’est pas une mince affaire même si le travail de la Commission présidée par Omar Azziman a posé à différents étages du projet de subtils verrous pour éviter les potentielles dérives et les possibles désordres que pourraient engendrer l’incompétence ou la non qualification des «élites» locales et régionales, voire nationales. Bien que déjà compliqué à mettre en œuvre, le projet de la régionalisation, de l’aveu même de M Azziman, se trouve dépassé par la perspective que lui a fixée le Roi dans son historique discours du 9 mars. Sans doute est-il fort intéressant de débattre de la monarchie parlementaire ou démocratique, du référentiel islamique ou celui des chartes et accords internationaux, mais il est tout aussi important de rentrer dans le détail de ce que serait notre démocratie locale, fondement de tout et départ de toute chose. Le débat prend forme mais il est fort regrettable de constater que par moment il flirt, le terme est inapproprié, avec certaines formes de trivialité indignes d’un débat de bonne tenue. La polémique est à la politique ce que le sel est à un bon tagine. Les petites phrases et les phrases assassines nourrissent la chronique à la seule condition que la recette respecte les doses prescrites. La réponse qu’Al Ittihad Al Ichtiraqui a opposée à Nabil Benabdellah ne s’inscrit malheureusement pas dans ce registre. Le débat prend forme et c’est là où l’on peut avoir l’agréable surprise que Abdelillah Benkirane du MUR-PJD, un féru des rôles des «tontons flingueurs», sait aussi jouer de la pondération aux instants critiques. Contre vents et Ramide, il a fixé comme plafond la monarchie démocratique qui préserve au Roi sa centralité au cœur du système marocain. Sa barre haute à lui est ailleurs, mais tout comme le PPS, l’Istiqlal et autres, il sait que la monarchie parlementaire stricto sensu est un horizon à contempler au coucher du soleil. Actuellement c’est au mieux, pour des raisons sur lesquelles on peut revenir à volonté, une utopie. Au jour d’aujourd’hui, le plus important dans ce débat c’est qu’il a fait bouger officiellement les lignes rouges. Reste à savoir comment y intégrer l’expression d’une jeunesse aux aspirations hétéroclites dont l’intérêt pour la chose politique a surpris tout le monde. Il n’en demeure pas moins que sa perception des réalités est celle de son âge, foncièrement fougueuse, quand bien même savons-nous par ailleurs que la valeur n’attend pas le nombre des années.

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