Un vendredi par moi

On ne peut pas dire que la prise de position du Conseil supérieur des ouléma en relation avec la réforme constitutionnelle est passée inaperçue. Elle a provoqué deux réactions. L’une plutôt chaleureuse, celle des islamistes, notamment le MUR-PJD, l’autre franchement glaciale que l’on retrouve dans Al Ittihad Al Ichtiraqui du premier avril. Si les premiers lui ont réservé un accueil bienveillant, les socialistes, se référant à plusieurs sources politiques, y ont vu une ingérence insoutenable du religieux dans le champ civil. Ils l’ont jugée inopportune et considérée comme une réponse anticipée aux demandes de réformes. Ils l’ont même prise pour une velléité déclarée de mettre la société dans sa globalité sous tutelle. Au Maroc, c’est bien rare que le Conseil supérieur des ouléma s’invite au débat politique et c’est peu dire que cette fois-ci il a surpris plus d’un. Il n’est pas utile de rentrer dans le détail du communiqué du Conseil, hardi et global. Dans les salons de la capitale on se perd en conjectures. Et cette question récurrente : les ouléma ont-ils le droit d’intervenir dans l’espace politique ? L’interrogation en induit une autre en tant que citoyens ou en tant qu’entité autonome ? Dans le premier cas il va de soi que citoyens parmi les citoyens, ils jouissent à ce titre de tous les droits et de bien plus. Il suffit de fréquenter un peu les mosquées pour savoir que les prêches du vendredi abordent tous les thèmes en rapport avec la société et la religion. Le traitement du sujet et le choix des mots pour le décliner sont laissés, ce qui n’est pas rien, au libre arbitre des imams. Mais en tant qu’instance, oeuvrant dans le giron de la Commanderie des croyants, ils posent un paradoxe au Maroc dont la loi interdit la création de partis politiques sur des bases religieuses. Il faut en conclure que dans notre pays ça bouge sur toutes les lignes. Dans la foulée du discours du 9 mars, le Roi a consolidé le rôle de l’Instance centrale de la prévention de la corruption par un nouveau cadre légal qui va faire de son président, Abdeslam Aboudrar, un homme heureux. Une fois l’ivresse de l’instant passée, Aboudrar devra bien se rendre compte que les douze travaux d’Hercule n’y suffiront pas. Scepticisme sardonique ? Du tout, seulement quête de lucidité. Non pas que la corruption soit plus endémique au Maroc qu’ailleurs, mais parce que depuis Machiavel, et certainement bien avant, on sait que la loi se définit par rapport à sa possible corruption. Hydre et phénix à la fois. Regardez en France l’affaire des frégates taïwanaises ou plus récemment celle de Liliane Bettencourt.
Ou encore celle de Bernard Madoff aux Etats-Unis qui prétendent piloter la vertu dans le monde. Comment a-t-elle été possible ? C’est un truisme, mais si partout il y a des lois contre la corruption c’est parce qu’il y a la corruption. Et par quel bout commencer. La grande corruption qui pipe les marchés et les affaires ; ou la petite qui pourrit la vie des petites gens ? Allez, pour remonter le moral à mon ami Abdeslam : combattons, combattons, il en restera toujours quelque chose.

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