Un vendredi par moi

Un lecteur, Anouar Doudouz,  suite à  la chronique du 25-3-2011,  pense qu’en abordant le mouvement du 20 février et plus particulièrement les membres qui le composent, je succomberais à la tentation d’amoindrir leur portée. A son avis, le fait de parler de ces personnes ne l’intéresse pas comme lecteur (même si c’est vrai), le plus important pour lui étant les revendications que la majorité des Marocains réclame. Sa remarque me semblant un rien injuste, je lui ai répondu ce qui constitue globalement le contenu de la présente chronique. Elle a donné lieu à un échange de mails qui résume de manière éloquente le débat en cours. Il souligne la cohabitation entre l’amour porté au Roi et la confiance placée en lui avec l’adhésion à grand nombre des revendications de la jeunesse. Le lecteur trouvera en page 12 le point de vue de ce jeune Marocain de Salé qui assure plutôt y survivre que vivre.   
Qu’il se rassure. Mon intention n’a jamais été de minorer le mouvement, mais juste de souligner que la perception des jeunes, dont je fus, peut être erronée. Quand l’histoire se met en mouvement, elle comporte toujours des risques. On sait comment on y entre mais on ne sait pas comment on en sort. Aujourd’hui tout le monde veut tout et n’importe quoi. Or ce n’est pas possible. Le développement qu’il soit politique ou économique a besoin de maturation et d’accumulation. Il y a ce qu’on veut et il y a ce que l’on peut. Il faut surtout éviter de casser la baraque tellement on n’a pas les moyens de perdre du temps. Il est plus facile de surfer sur la vague, comme le font certains hommes d’affaires avec un aplomb incommensurable, que de savoir raison garder.
Il y a autant de contrastes que de contradictions  dans ce que l’on désigne désormais comme un mouvement construit, alors qu’il n’en est rien. Sinon comment expliquer que des jeunes qui manifestent en organisant des concerts, jouant et chantant Nass El Ghiwane et Elton John, peuvent-ils s’inscrire dans une campagne contre le festival Mawazine orchestrée insidieusement par des islamistes en mal de programme ? Comment également appréhender un mouvement «facebookiste», par définition nébuleux, dont certaines «coordinations» invitent à en exclure tout membre qui rencontrerait la Commission en charge de la réforme de la Constitution ? Ce positionnement au Maroc n’est ni rare ni nouveau. Khalil Hachimi Idrissi a déjà bien expliqué le paradoxe : une jeunesse «démocratique» qui se comporte en antidémocrate reproduisant les reflexes des partis qu’elle dénonce. Un comportement totalitaire qui n’a rien à envier à la rigidité légendaire de ces impénitents marxistes d’Annahj qui, trente ans après la chute du mur de Berlin, réclament la constituante au nom de la dictature du prolétariat. Se rendent-ils compte seulement, les jeunes du 20 février pas Annahj qui est à la manœuvre, qu’en adoptant une attitude exclusive, ils donnent un bon coup de vieux à leur mouvement de jeunesse moins de deux mois à peine après sa naissance ?

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