Un vendredi par moi

La question des droits de l’Homme au Sahara constitue une seule et même information qui va cependant connaître un traitement différencié selon que c’est Al-Ahdat Almaghribia qui s’en occupe ou Akhbar Alyoum qui s’en empare. Là où le premier voit la capacité du Maroc à mettre en échec les manoeuvres algériennes pour étendre les prérogatives de la Minurso à la surveillance de la question, le second repère plutôt une concession qui permet à la Direction de l’ONU pour les droits de l’Homme de procéder à des vérifications sur le terrain. Un point de vue qui relève de ressorts psychanalytiques où la détestation de soi le dispute à un rapport délié avec l’intérêt national. L’analyse correcte fondée sur des données objectives cède ici le pas à des considérations subjectives. Il va sans dire qu’Akhbar Alyoum est libre de lire comme il l’entend la résolution onusienne. Mais le Maroc est un pays en guerre. C’est là une première donnée qui doit être constamment présente à l’esprit, et son unité territoriale est toujours sous la menace. Dans la marée de ce conflit, l’extension des prérogatives de la Minurso nous était donnée quelques semaines avant le Conseil de sécurité comme acquise. Fuites, montée au créneau de la presse espagnole, montée en première ligne de l’Algérie, manoeuvre de l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies, rien n’a été épargné pour torpiller l’adhésion que rencontre auprès de nombre de pays qui comptent le plan marocain d’autonomie. De ce point de vue, oui, le Maroc a tenu en échec la diplomatie algérienne.
De là j’en viens au positionnement diplomatique du Maroc aux côtés des puissances occidentales dans l’affaire libyenne. A défaut de pouvoir critiquer franchement, Kadhafi étant infréquentable, l’attitude de Rabat, des commentateurs font dans la subtilité en trouvant de l’incohérence entre l’engagement à la rencontre de Paris et l’appel depuis Rabat à une solution politique. C’est oublier que dès le début la diplomatie marocaine s’est engagée sur le terrain humanitaire. Et quand bien même celui-ci serait militaire, il porterait atteinte à quelle sacro-sainte solidarité arabe, à supposer qu’elle ait un jour existé ? A ce que l’on sache, Tripoli n’a jamais porté le Maroc dans son coeur et c’est sur son territoire que le Polisario a été créé et s’est entraîné avant de se retrouver à Tindouf. La fameuse piste Kadhafi qui lie par le Sud l’Algérie à la Libye, celle-là même qu’utilisent actuellement les mercenaires du Polisario pour lui porter secours, a été utilisée tout au long des dures années soixante dix et quatre vingt pour armer lourdement les séparatistes. Au plan international et régional, la diplomatie libyenne rivalisait avec son homologue algérienne, qui n’a pas rougi en soutenant Madrid contre Rabat dans l’affaire Leila, pour isoler le Maroc sur l’échiquier. Alors si pour une fois on peut porter la contradiction à Kadhafi au coeur de son pays, ce ne serait, pardonnez la frivolité de l’expression, que pur bonheur.

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