Un vendredi par moi

Modèle de ce qu’il faut éviter : mettre régulièrement sur la sellette un homme probe de la qualité de Maître Mohamed Naciri, ministre, depuis quelques mois à peine, d’une pelote aussi inextricable que la justice. Assabah, quotidien arabophone du Groupe Eco Média, peut avoir des raisons personnelles d’en vouloir un peu au ministre du fait qu’il incarne de par son poste la justice au Maroc. Prendre toutefois appui sur une rancœur pour essayer d’écorcher le personnage ne correspond pas exactement, du moins à mon sens, aux valeurs que défend le groupe dirigé par Abdelmounaim Dilami. Autrement, il prend le risque de s’inscrire dans la démarche d’une presse avec laquelle lui-même est en conflit sur la manière d’appréhender l’information et le commentaire. Naturellement, avec le désordre éditorial qui caractérise actuellement le travail journalistique dans notre pays, la tentation est forte et les occasions sont nombreuses de succomber aux excès qui ravagent la presse et certains slogans de la rue-défouloir.
Depuis pratiquement trois mois, le débat oscille entre l’analyse posée et une fébrilité symptomatique d’une vague définition de ce que l’on veut. La manière dont sont jetés en pâture des noms de personnalités publiques et privées, rendues à elles seules le concentré de tous les maux du Maroc, passés et à venir, ne laisse tomber l’outrance que pour lui substituer la démesure. Le mimétisme par lequel on reprend ici les slogans des Tunisiens et des Egyptiens pour faire comme eux ou mieux qu’eux, témoigne de la panne sèche de la créativité d’une jeunesse fraîche, vaillante, aspirante mais exposée à la manipulation qui réduit son ambition à des onomatopées politiques. Les bonnes intentions qui l’animent, il faut s’en méfier, peuvent à l’occasion paver le chemin de l’enfer.
Pour ne citer qu’une des cibles de la vindicte publique, Fouad Ali El Himma. Un jour, quand les esprits seront plus prompts à la réflexion qu’à l’ébullition, j’aurai à apporter, pour reprendre une expression de Habib El Malki, ma part de vérité sur le personnage et sur ce qu’il a fait, en bon exécutant des orientations royales, au profit de la diversité, du pluralisme, de la libéralisation de l’audiovisuel, de l’équité et de la réconciliation ou encore du nouveau concept de l’autorité qui, quoi que l’on dise aujourd’hui du ministère de l’Intérieur et de ses gouverneurs, a balisé la voie de la libre expression qu’a connue le Maroc, en dépit des fluctuations et des fléchissements, depuis l’avènement de Sa Majesté Mohammed VI. Tout n’est pas bien dans le meilleur des mondes ? Nul n’est parfait. Mais accabler Ali El Himma et les autres, dont un certain Ahmed Herzenni*, de toutes parts et de tout et de rien, mène sans transit sur le droit chemin, façon de dire seulement, de la justice populaire. Et là où il y a la justice populaire, les chemises noires ne sont jamais loin.

*Je reviendrai dans une prochaine chronique sur ce cas précis victime autant des anciens camarades du «front» que des «barakistes» proches du MUR-PJD.

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