Un vendredi par moi

Y a-t-il une exception marocaine ? La question s’est imposée d’elle-même dès l’embrasement de la Tunisie suivi de l’Egypte. Façon de s’interroger sur la possibilité du Maroc de se soustraire à «la déferlante démocratique» qui semblait entraîner le monde arabe dans une dynamique vertueuse. Pour l’instant, elle n’a pas abouti et paraît même s’enliser dans ces deux pays alors qu’ailleurs elle a débouché en Syrie sur une terrible répression, et carrément sur une guerre civile en Libye. Au Maroc, la promptitude avec laquelle le Souverain a réagi à la revendication de plus de démocratie a permis d’absorber les risques d’une déflagration à la tunisienne. Une bonne partie de l’exception marocaine niche dans cette intelligence de l’instant qui ne vient pas de nulle part. Si le pouvoir marocain a été en mesure de réagir pertinemment aux évolutions de sa sphère géopolitique et si les Marocains dans leur ensemble se sont volontiers inscrits dans cette démarche, c’est en raison des prédispositions culturelles du Maroc à considérer que les sauts dans l’inconnu du futur sont le produit de synthèses qui permettent d’avancer sans rupture.
De cette volonté émane l’autre partie de l’exception marocaine : l’aptitude à changer sans règlements de comptes. Là où par exemple l’Algérie au lendemain de son indépendance est entrée dans une épuration sanguinaire, le Maroc a opté pour la réconciliation nationale qui a été jusqu’à englober les collaborateurs du protectorat. Cette période à l’image de celle que nous vivons a connu ses extrémistes de tous bords qui ont exposé le pays au précipice. Mais de la Constitution imparfaite de 1962 à la bien nommée alternance consensuelle en 1998, compromis succédant aux tensions, les Marocains ont réussi à toujours  sauver l’essentiel. Le travail de l’Instance équité et réconciliation est l’illustration la plus fraîche de la positive attitude marocaine. Il a été possible grâce à la rencontre improbable de deux hommes, un jeune Roi qui a bien intégré les spécificités du pays à réinitialiser et un gauchiste qui a profité de ses années de prison pour faire le point et mûrir un projet de société faisable.
La jeunesse du 20 février porte-t-elle dans ses gènes «l’exception marocaine» ? Nécessairement si l’on considère que dès son lancement elle s’est inscrite dans la continuité. Comme à chaque étape, il y a autour d’elle les parasites de tout acabit, professionnels de l’agitation, qui essayent de capitaliser sur sa spontanéité. Le mouvement, tel qu’il se déploie sous nos yeux, s’expose ainsi au dévoiement. Ceux, cyniques et opportunistes, qui le poussent vers des tribunaux populaires pour le passé et ses hommes savent que le meilleur moyen de mener le pays à la confrontation c’est de mettre sur la sellette et sous la menace différents composts et symboles physiques et moraux de l’Etat pour les aider à se transformer en farouches foyers de résistance à la réforme. Or et alors que le risque est là, les forces «vives» de la Nation négligent le débat de fond sur les principes de «la justice transitionnelle» fondatrice de l’évolution à la marocaine. Les unes surenchérissent, les autres sont tétanisées.

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