Un vendredi par moi

Pour écrire comme Jean d’Ormesson, Staline n’est pas mort, le mur de Berlin n’est pas tombé, Reagan est toujours à la Maison-Blanche et au Maroc Moulay Hfid n’a pas encore signé les accords du protectorat. C’est à peine exagéré, mais la jeunesse insultante des activistes du Mouvement du 20 février est venue souligner les vieilleries qui meublent le paysage figé de la politique marocaine. La moyenne d’âge des leaders des huit principaux partis du Maroc est de 64 ans et ce seulement grâce aux secrétaires généraux du PPS, du PJD et du RNI, les deux premiers ex aequo avec 57 ans chacun, le troisième affichant l’âge honorable pour un chef de parti : 52 ans. En ne retenant que le carré des partis historiques, Istiqlal, USFP, MP et PPS, cette moyenne monte à 67 ans  grâce encore une fois à Nabil Benabdellah, autrement elle atteindrait, sans compter les 98 bougies de Mahjoubi Ahardane,  les 72 ans quand un Oussama Khlifi, le «Che de Salé», promène insolemment ses 23 printemps. Assistons-nous pour autant à l’émergence d’une nouvelle élite jeune et hardie en dehors des partis ? Bien malin qui s’aventurerait à le prédire avec certitude. Le Mouvement du 20 février demeure une nébuleuse qui a laissé en route une partie de son identité. En faisant fi des tentatives plus ou moins réussies d’infiltration par les extrémistes de gauche comme de droite, la plupart des jeunes du mouvement, du moins ceux qui m’a été donné de rencontrer, sont passés par les partis, notamment l’USFP, le PAGS ou encore le PSU. Ils en sont partis dépités mais conservent en eux les déformations politiques qu’ils ont chopées dans ces lieux. Culture politique embryonnaire, cursus académique à affermir, tendance fâcheuse au vedettariat, sensibilité marquée à la flatterie, en principe il n’y a pas de quoi mijoter une bonne soupe. Mais il est vrai par ailleurs que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Après tout, Allal El Fassi, Mehdi Ben Barka ou Mohamed Bel Hassan El Ouazzani, en ce lançant dans le mouvement national, avaient un âge dans ces eaux là.
Dimanche dernier, Ahmed Ghazali, président de la HACA, et Nawfal Raghay, qui fut l’un des bâtisseurs de l’institution, revenu au bercail en tant que nouveau directeur général, ont offert à ce que nous sommes désormais, des anciens «sages», une soirée d’adieu. Hasard, cette soirée a été organisée le lendemain de la victoire en football du Maroc sur l’Algérie (4 à 0). Il y a un peu plus de sept ans, la veille de notre installation par le Roi à Agadir, les Lions de l’Atlas avaient battu les Fennecs en Tunisie par 3 à 1. Entre notre arrivée et notre départ, match nul donc. Tout ça n’est que prétexte pour dire merci à Si Ahmed, à Nawfal et à tous les autres. Nous sommes partis avec un DVD joliment monté retraçant les faits marquants de ces sept merveilleuses années passées à la HACA et un superbe album, La bataille d’un Roi, rassemblé et légendé par Omar Benslimane de la CDG.

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