Un vendredi par moi

Il n’y a pas de suspens, c’est «oui». Sur les colonnes de ce journal et sans concertation, éditorialiste et chroniqueurs nous avons convergé sur la pondération du Mouvement du 20 février. Dès le début. Tout en comprenant, et en y adhérant, les impatiences de la jeunesse nous l’avons invitée à distinguer les registres, à ne pas confondre vitesse et précipitation, à agir pour le faisable et à ne pas s’accrocher à l’impossible auquel nul n’est tenu. Sur ce point, nous avons tenu ferme tandis que d’autres cédaient à la panique générée par le cas tunisien et égyptien. Du haut de ses milliards, Miloud Chaabi s’est transformé, sans craindre le ridicule, en guerrabe du 20 février, on a vu des intellectuels jouer du violent sous le balcon de la jeunesse, des journalistes et des acteurs de la société civile tourner casaque et des partis ou une partie de ces partis redécouvrir les vertus de la jeunesse. C’est connu, la peur est mauvaise conseillère.
Pour autant nous n’avons pas tourné le dos aux jeunes du 20 février même quand nous savions, et surtout parce que nous savions qu’ils étaient minés par les extrémistes de tout acabit. Le journal leur a ouvert ses colonnes, nous leur avons servi de RP et encouragé des confrères qui étaient sur la même ligne que nous de leur faire la courte échelle. Nous avons débattu avec eux pour leur servir invariablement le même discours : il faut être, je le cite parce qu’il me semble à la gauche de la gauche le plus honnête et le plus conséquent avec lui-même, un doux rêveur comme Mohammed Sassi du PSU pour croire que la monarchie parlementaire à l’anglaise ou à l’espagnole était possible ici et maintenant.
On peut s’attarder longuement sur les raisons sociologiques, politiques, culturelles et économiques de l’impossibilité d’accéder à l’Eden du  régime parlementaire sans sas de décompression plus ou moins long. Mais le projet de la Constitution que les Marocains ont entre les mains est celui de l’étape : Le Roi a tout donné sans rien céder. L’intelligence de cette architecture est dans ce subtil dosage : Tiens mais je te tiens. Seul moyen d’éviter tout dérapage dans le fonctionnement de l’Etat livré aux caprices de formations politiques plus rouées à jouer le népotisme et le tribalisme politique qu’à produire de nouvelles idées, de nouveaux programmes et de nouveaux cadres. Je le dis d’autant plus à l’aise que je ne crois pas à la démocratie sans partis. Ils doivent toutefois se concilier avec l’exercice démocratique. Car l’enjeu consiste à réintégrer l’éthique dans la politique. Si les directions des partis s’avèrent une fois encore propres qu’à reconduire leurs petites combines et à soumettre les généreuses dispositions de la Constitution à leurs petits calculs, on n’ira nulle part, on fera du surplace. Le risque est d’autant plus réel que la jeunesse du 20 février n’a pas réussi pour l’instant à constituer une vraie alternative à l’existant.

PS : Une question qui me revient souvent à l’esprit : Peut-être ne suis-je de mon côté qu’un autre doux rêveur, mais quel Roi, sinon contraint, ne se contenterait-il pas des lauriers du pouvoir sans le fardeau des responsabilités

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