2ème Salon maghrébin du livre à Oujda : Réflexions maghrébines autour des frontières maroco-algériennes

2ème Salon maghrébin du livre à Oujda : Réflexions maghrébines autour des frontières maroco-algériennes

«Je pense que c’est notre rôle à nous les intellectuels d’essayer de renouer le lien, le dynamiser, le renforcer et de faire en sorte qu’on puisse expliquer à nos jeunes que la culture transcende toutes les considérations politiques ou politiciennes», souligne l’écrivain algérien Saad Khiari.

Le 2ème Salon du livre du Maghreb, organisé du 18 au 21 octobre à Oujda sous le Haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, a pour vocation d’inviter les écrivains du Maghreb à répondre à la question des frontières algériennes fermées. Est-ce que cette grand-messe littéraire a pu, au bout de cette seconde édition, répliquer à cette interrogation ? Les intellectuels, auteurs et éditeurs rencontrés lors de ce Salon maghrébin du livre ont tantôt versé dans l’ouverture des frontières par la culture, tantôt estimé que cette manifestation répond réellement à la question.

«Une entreprise de résistance » selon Zakya Daoud 

Pour cette écrivaine franco-marocaine, le salon «répond» à la question de l’ouverture des frontières «dans la mesure où il résiste. C’est en fait une entreprise de résistance». Avec ce salon, la ville essaie, comme elle l’explicite d’exister sur le plan culturel et «se proclame maghrébine en dépit de la frontière». Interrogée également à propos du caractère politicien des hommes de culture, Mme Daoud, également journaliste, estime que «les hommes de culture sont sous les politiques ou sur les politiques. Ils ne sont pas politiques. Ils conditionnent la politique». L’interlocutrice ne manque pas de remonter à la 1ère édition. «L’année  dernière, j’étais invitée. J’ai beaucoup aimé regarder la frontière et la région. J’ai aussi aimé les efforts que fait cette région pour exister en dépit de son caractère coincé avec l’Algérie», enchaîne-t-elle.

Auteur algérien : L’exemple par les penseurs et les artistes

Rencontré avant sa conférence organisée lors de l’événement livresque, l’écrivain algérien Saad Khiari indique que c’est la culture qui doit servir comme trait d’union entre les peuples en Afrique du Nord. «Ce lien est hélas un peu distendu pour des raisons historiques. Je pense que c’est notre rôle à nous les intellectuels d’essayer de renouer le lien, le dynamiser, le renforcer et de faire en sorte qu’on puisse expliquer à nos jeunes que la culture transcende toutes les considérations politiques ou politiciennes», estime-t-il.

Quant à la question de l’ouverture des frontières, il indique que la manifestation essaie de répondre à la question. «Hélas, cela ne dépend pas que du salon. La meilleure volonté du monde ne peut rien faire sans l’appui politique en tous cas. En  ce qui concerne les peuples, il n’existe aucun hic. C’est plutôt des problèmes d’ordre politique», avance-t-il. Aux yeux de M. Khiari, il appartient aux intellectuels, artistes, chanteurs, artistes-peintres, musiciens et artisans de «donner l’exemple». L’auteur algérien n’hésite pas également à évoquer une expérience personnelle. «Je suis constamment entre les deux pays. Je suis un grand maghrébin aussi bien chez moi au Maroc qu’en Algérie ou encore en Tunisie. Pour moi, cette barrière est temporaire. Ceux qui ont créé des problèmes doivent les résoudre. Si cela ne tient qu’aux peuples algériens ou marocains, il n’y aura jamais eu de frontières. C’est un seul peuple en réalité», poursuit-il. C’est pourquoi, la culture est, pour lui, vraiment un élément essentiel du chaînon de communication.

Regards tunisiens 

A son tour, le professeur tunisien à l’Université de Lyon en France, Mohamed Cherif Ferjani, abonde quasiment dans le même sens. «C’est par la culture qu’on casse les frontières qui sont politiques avant tout. J’espère que la culture aura raison de la politique», exalte-t-il. Pour lui, l’homme de culture est un meilleur politicien. «Il ne s’arrête pas aux frontières et il n’attend pas. J’espère que des manifestations du genre se multiplieront de l’autre côté de la frontière comme Tlemcen, Oran et en Tunisie», ajoute le professeur. Selon ses dires, le salon organisé à Oujda, capitale de la culture arabe pour 2018, tire son importance de son caractère maghrébin. «C’était une occasion de se retrouver en dehors de nos particularités et de nos enfermements identitaires», tempère-t-il. Le professeur estime également que le thème «Réinventer l’universel» choisi pour cette 2ème édition correspond à l’esprit de la manifestation.

Du côté des éditeurs

Selon Hassane Bennamane, directeur de la maison d’édition algérienne Dar El Oumma, ce salon est «d’abord la découverte desoi-même». Il raisonne en termes de frontières culturelles inexistantes entre les peuples marocains et algériens. «D’autant plus que nous, dans le Grand Maghreb, sommes avec un sang entremêlé. Les familles algériennes vivent au Maroc et vice-versa», enchaîne-t-il. L’éditeur, qui indique que c’était sa première visite à Oujda, estime également qu’il n’existe pas de limite pour l’imaginaire. «Ce genre de manifestations qu’elles soient à Oujda, Casablanca ou Alger ou à Tunis ou encore ailleurs permet de faire rencontrer les expériences des gens dans cette culture et de nouer des relations qui existent déjà», ajoute-t-il. A propos de l’homme de culture, l’éditeur trouve que le  premier n’est pas politicien. Il est un porteur d’idées qui devrait mener un peuple vers une destinée. «Les gens de culture devraient toujours être dans les premiers rangs pour tirer les politiques», tempère-t-il. Des propos qui donnent à réfléchir.

«Un salon pour briser toutes les frontières qui existent»

Entretien avec Abdelkader Retnani, président de  l’Union professionnelle des éditeurs du Maroc (UPEM) et directeur des éditions La Croisée des Chemins

ALM : Quels étaient les moments forts de la 2ème édition du salon?

Abdelkader Retnani : D’abord, c’était la nouvelle thématique «Réinventer l’universel». Puis, les moments forts ont aussi été marqués par l’invitation adressée à d’autres gros calibres d’écrivains dans le cadre de cette universalité. Il y avait des écrivains marocains, algériens, tunisiens, africains, français, belges, syriens, égyptiens et libanais. Il était question de composer une autre thématique pour que cette réussite soit un modèle de réflexion pour la 3ème édition.

La première vocation de l’événement était d’aborder la question de l’ouverture des frontières maroco-algériennes. Est-ce que le salon y répond vraiment ?

La première initiative a été faite par l’Agence de l’Oriental, qui finance ce salon. En tant qu’UPEM, nous les avons accompagnés depuis le début. C’est d’abord pour briser d’abord toutes les frontières qui existent d’une façon virtuelle pour que moi marocain je peux aller en France. L’autre Tunisien peut venir au Maroc. Le Sénégalais peut aller où il veut. C’est ça la frontière qui bloque l’évolution des peuples. Quand on aborde  des droits de l’Homme, on parle du respect de l’autre. Celui-ci consiste à me laisser aller où je veux. Il ne faut pas que je gêne l’ordre public mais je dois être universel. Ma langue de naissance me permet de voyager à travers plusieurs pays sans que j’aie besoin de passeport obligatoire. Ma deuxième langue de Diderot me permet d’aller aussi dans certains pays européens où je n’ai pas besoin d’un interprète. C’est cela la force de l’écrit. La thématique du salon est une question de dire que le livre est un moyen de voyager et créer. C’est l’écrit qui permet d’avancer. Cela est l’un des buts de ce salon qui permet également de se rencontrer. Nous avons eu 225 écrivains. Beaucoup ne se connaissaient pas entre eux. Cela permet d’assister à des débats et dialoguer. D’autres initiatives seront prises à partir de ce salon et grâce à celui-ci.     

Il n’y avait pas beaucoup d’écrivains algériens au salon. Pourquoi?

Il y en avait plus de 6 lors de cette édition. Je viens de publier trois écrits de l’Algérien Saad Khiari. Il y a aussi Slim, un grand spécialiste de la bande dessinée. C’est un algérien qui vient de sortir un livre aux éditions La Croisée des Chemins qu’il a signé lors du salon. Il a pris cette décision parce qu’il ne veut plus de frontières. Mais aussi Mehdi Lallaoui qui est un écrivain et cinéaste algérien qui a réalisé un très bon documentaire sur notre chère ville Sefrou notamment la communauté juive qui y vivait. J’ai invité deux éditeurs algériens. Quelques jours après, ils étaient six à vouloir venir. 

Un dernier mot peut-être ?    

Ce salon donne une autre dimension. On en profite parce que la ville d’Oujda est la capitale de la culture arabe pour 2018. Il y a des jeunes et des gens de la ville d’Oujda qui en sont heureux. Pour la petite anecdote, un Maroco-canadien d’Oujda que j’ai rencontré à Montréal est venu y passer 15 jours, m’a remercié parce qu’il a assisté à ce salon qu’il n’aurait jamais rêvé voir. Voilà la magie d’un tel salon dans une pérennité à laquelle nous aspirons. Pour rappel, l’entrée était gratuite. Nous essayons de faire sensibiliser les gens de la région autour du livre qui permet de réussir, rêver et voyager.

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