A bâtons rompus : Hkayne : «le rap est encore tabou au Maroc»

A bâtons rompus : Hkayne : «le rap est encore tabou au Maroc»

ALM : Dans une de vos déclarations, vous avez souligné que HK 1426 est votre véritable album, pourtant vous avez sorti avant cela « un Son de Bled art». Pouvez–vous argumenter davantage votre déclaration ?
Hatim Benarfa : Lorsque nous avons mis au monde notre premier bébé, c’était très dur. Nous l’avons produit avec nos propres moyens. C’est un album autofinancé. On payait tout de notre poche. Nous n’avions eu aucune aide. Nous avions comme simple matériel un micro et une petite table de mixage.
Ce n’était pas donc très évident d’obtenir le résultat escompté, à savoir un son de qualité à la hauteur de nos efforts et de notre labeur. C’est pour cette même raison que nous n’étions pas très satisfaits du résultat étant donné qu’on aurait pu dans d’autres circonstances obtenir un produit haut de gamme. Le second album HK 1426, produit par Platinum music, est par contre beaucoup plus abouti. Il a été réalisé dans des conditions très confortables. Nous n’avions pas eu d’ennuis que ce soit au niveau technique que financier. Cet album est donc le fruit de notre passion, on le considère donc comme notre vrai premier album.

Cela veut-il signifier que vous n’êtes pas fier de votre premier album ?
Non, au contraire. On n’irait pas jusque-là. C’est à travers «Son de Bled art » que nous nous sommes faits connaître. Grâce à ce premier album, nous avons pu imposer notre style et montrer ce dont on est capable. On ne peut donc pas renier cet album qui donne un aperçu complet sur notre expérience et notre orientation musicale. Si HK 1426 nous a causé moins de souffrance, Son de Bled art est tout compte fait notre premier bébé, et nous en sommes fiers. Si nous sommes là aujourd’hui et qu’on a pu acquérir une certaine renommée c’est bien grâce à « Son de Bled’art » . C’est cet album qui a créé tout ce bugg et qu’ aujourd’hui on peut se targuer de posséder plusieurs admirateurs qui nous écoutent et qui nous respectent.

Vous refusez qu’on vous colle l’étiquette d’agitateurs dénonciateurs des tares de la société. Pourquoi ?
Le rap a tendance à être assimilé par certains observateurs à une attitude de voyous. Les paroles du rap sont dénonciatrices d’une certaine réalité. Automatiquement, lorsqu’on dénonce, on agite les foules. Mais, il ne faut pas verser dans le vulgaire. En  tout cas ce n’est pas notre style. Ça ne nous ressemble pas. Nous refusons cette étiquette d’agitateurs. Nous optons donc pour une autre démarche moins hard. 
C’est pour cela qu’à travers nos paroles, nous essayons de dénoncer les affres de la société, les choses qui dérangent, tout en étant modérés. Nous évitons d’être grossiers, mais nous n’hésitons pas à être durs. C’est-à-dire à clamer la vérité. Nous racontons par exemple la vie d’un jeune Marocain de la classe modeste et qui rencontre des hordes de problèmes et qui se débrouille chaque jour comme il peut. Cependant, nous ne voulons pas véhiculer l’image de l’artiste voyou. Nous souhaitons bien au contraire changer cette vision et effacer les préjugés qui sont créés tout autour du rap.

Peut-on donc vous qualifier de rappeurs soft ?
Oui si l’on veut. Nous évitons tous les gros mots dans notre musique. Mais, grâce à des métaphores et des termes subtiles très nuancés. Mais ceci dit nous ne faisons de cadeaux à personne. Notre musique n’est pas soft, mais elle n’est pas hard non plus.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées depuis le commencement de votre carrière ?
Mis à part les quelques difficultés financières que nous avons rencontrées pour la réalisation de notre premier album, on n’a pas de quoi se plaindre. Cependant, il faudrait préciser que nous subissons un boycott de la part de la deuxième chaîne nationale. Notre clip « Issaya Style » qui a été tourné dans le cadre de ce deuxième album a été diffusé sur la RTM et sa voisine 2M. Nous avons l’impression que le rap est toujours tabou. Il fait peur. Le fait qu’on ne fait pas souvent appel à nous dans des plateaux de télévision nous pousse à nous poser des questions. Surtout lorsqu’on voit qu’ailleurs en France on nous consacre plusieurs émissions pour faire découvrir notre musique. Par contre, nos chaînes de télévision n’accordent pas beaucoup d’importance à notre musique locale. Chez nous dans nos chaînes de télévision, on sent que le rap dérange, qu’il gêne. C’est quand même malheureux, ça nous fait de la peine.

Ce thème du contrôle des médias vous inspire-t-il pour votre prochain album ?
Sans aucun doute. On pourrait bien dénoncer cette hégémonie des médias qui marginalise la culture et les artistes.
C’est un domaine que je connais bien puisque il y a 5 ans j’étais en France pour terminer mes études , j’ai travaillé dans une radio locale, et je connais les rouages du métier. C’est un thème en effet qui pourrait faire l’objet du projet album, oui, pourquoi pas.

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