A la une : A l’aide !

Voilà, c’est dit. 24 troupes de théâtre seront subventionnées pour le compte de la nouvelle saison (2005-2006). Le montant global alloué cette fois (3.130.000 Dhs) a surpassé celui de la saison dernière, qui était de l’ordre de 2.986.000 Dhs. Le nombre des spectacles subventionnés passe, également, de 23 à 24.
Cette augmentation, si légère puisse-t-elle paraître, est une belle preuve du succès de la politique d’aide. Au-delà des «sous», il y a lieu de souligner l’émergence d’un théâtre qui croit à l’effort, à l’imagination, au travail. D’année en année, une soixantaine de troupes sont appelées à rivaliser de créativité pour mériter l’aide de l’Etat, et la confiance d’un public qui retrouve le chemin des salles de spectacle. Ce regain d’intérêt s’explique par le progrès considérable qu’a connu le théâtre durant ces six dernières années dans notre pays.
Chaque an, le Maroc produit un total d’environ quarante spectacles de théâtre, un chiffre qui met notre pays en pole position à l’échelle régionale (Maghreb), et à l’échelle plus globalement du monde arabe.
Ce progrès n’est pas seulement d’ordre numérique, il se traduit aussi et surtout par un souci accru de l’esthétique. Nos metteurs en scène, scénographes et autres professionnels de la scène, dont la plupart sont des jeunes lauréats de l’Isadac, ont le mérite d’avoir introduit de nouvelles techniques scéniques, et apporté un théâtre plutôt visuel.
Nous sommes loin d’une certaine époque où le bavardage était élevé au rang de «théâtre» ; où, au nom d’une certaine tradition théâtrale, on a enfermé le théâtre dans une espèce de «momie» ; où certains pitres opportunistes se livraient à un théâtre de circonstance, pour ne pas dire carrément de commande.
Le théâtre a fait place aux «épopées», qui se déroulaient sous le regard de la chaîne «béni yo yo» ou « Tout va mieux » (TVM). Ceux qui montent aujourd’hui au créneau pour dénoncer la politique d’aide au théâtre sont ceux-là mêmes qui, par le passé, ont vendu le théâtre en contrepartie de quelques privilèges étroits. S’ils enragent aujourd’hui, c’est parce qu’ils se sentent d’abord dépassés, bousculés par un formidable bataillon de jeunes professionnels déterminés à niveler la pratique théâtrale vers le haut. Loin de nous l’idée de nier l’apport des anciens, mais encore faut-il préciser lesquels.
Bizarrement, ce ne sont pas les vrais pères fondateurs qui s’en plaignent. Ces derniers, dont certains sont déjà morts (feu Larbi Doghmi, Abdessamad Kenfaoui, etc), ont su se retirer humblement au profit des jeunes, alors que d’autres, -les grandes gueules-, continuent d’empoisonner le milieu par leurs jérémiades.
Clarifions : l’argent des contribuables doit profiter au théâtre et non pas à des gens nostalgiques d’une époque de rente révolue.

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