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L’artisanat marocain est en crise. Il va alors falloir se porter au secours de ce secteur. On connaît la musique. « Vite, un colloque. C’est parti, l’état-major du Département de tutelle est convoqué. Pas la peine de verser une seule larme ministérielle.
Franchement, cela suffit que les « débats » se réduisent à la simple exhibition du « creux sonore ». La crise, voilà bien longtemps que l’on défonce cette porte ouverte. Evident, donc. Mais ce qui l’est moins, c’est le manque d’initiative pour sortir le secteur de cette crise qui n’a que trop duré. Pire encore, elle s’est aggravée depuis que ce secteur, qui mérite un Département à part entière, a fusionné avec le Tourisme et autre Economie sociale.
L’intérêt supposé être accordé au secteur est trop souvent noyé dans la rubrique « divers » du Département de tutelle. Au détriment d’un secteur « à fort coefficient d’emplois (…) un véritable réservoir de l’emploi à l’échelon national ». Au grand dam d’un secteur dont « les produits représentent 40% dans la réalisation des établissements touristiques » : zellige, tadellakt, poterie, tuile, boiserie, ferronnerie, maroquinerie, couverture, et tout.
Au grand dépit d’un secteur dépositaire de l’histoire et donc de la mémoire d’un peuple, des traits du génie des Marocains… Malgré tout, rien n’a jusqu’ici été entrepris pour sortir un secteur qui continue de s’enfoncer. A part, bien entendu, ces légendaires « colloquites », et autres foires au blabla. A part ces piles de paperasses servies en guise d’ « études », de « plan de sauvetage » … Il est temps, il était grand temps que les responsables, Département de tutelle et professionnels du secteur compris, se mettent à table pour réfléchir sérieusement sur un véritable plan d’action pour que ce secteur voie enfin le bout du tunnel.
Et cette action devrait, d’abord, passer par une remise de l’ordre dans un secteur livré en pâture à l’anarchie. « Aucune définition juste et pratique de l’artisanat n’est arrêtée à ce jour », fait remarquer Abdelilah Kabbaj (voir l’interview ci-contre). A défaut d’un statut clair, on ne sait qui fait quoi dans ce secteur. « Tout ce qui n’est pas agriculteur, industriel, commerçant, est considéré comme artisan »,  ajoute M.Kabbaj. La confusion est telle qu’il n’est plus possible, au gouvernement, de recenser le nombre des artisans que compte notre pays, et moins encore possible d’identifier les besoins du secteur en matières premières, la formation adéquate à dispenser pour une éventuelle mise à niveau de ce secteur, sachant bien que la méthode suivie est simplement rudimentaire : le savoir-faire artisanal se transmet de père en fils.
Ce qui n’est toujours pas évident, sachant que les héritiers, qui sont censés assurer la relève, sont effrayés à l’idée qu’ils ne soient « abandonnés » à leur destin, comme l’ont été leurs géniteurs. A défaut de motivation, vu que l’horizon reste sombre, choisir le métier d’artisan relève aujourd’hui du « suicide ». Les responsables sont appelés à agir rapidement, d’autant plus que le bateau-artisanat risque de couler…

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