A la une : Akkaf : «la musique amazighe doit être préservée»

A la une : Akkaf : «la musique amazighe doit être préservée»

ALM : En tant que musicien et chercheur à l’Institut Royal de la culture amazighe, quelles sont, selon vous, les principales spécificités de la musique amazigh ?
Belaïd Akkaf : Premièrement, il faudrait savoir que la musique amazighe regroupe trois régions du Maroc : le Moyen Atlas, le Rif et le Souss. Chacune de ces régions possède ses caractéristiques qui la distinguent. Ces caractéristiques se situent d’abord sur le plan de l’échelle musicale. La musique du Rif, par exemple, se construit sur l’échelle 7. Elle regroupe un total de sept notes.
Dans ce sens, elle possède les mêmes caractéristiques que la musique universelle. Par contre, la musique amazighe du Souss se situe sur l’échelle 5 tout comme le Jazz. Elle possède trois gammes musicales propres à elle et qui n’existent pas dans d’autres musiques. Ces trois gammes sont : « Lel Maaha », «Ashelhi» et enfin « Agnaoui ». La musique du Moyen Atlas a, quand à elle, des influences orientales. On retrouve les mêmes gammes dites « maquamat » en arabe dans la musique syrienne par exemple. La musique du Moyen Atlas repose, elle aussi, sur trois gammes : « Bayati », « Sabah » et enfin «Rast ». Cette musique privilégie le quart de ton.

Pensez-vous que la musique amazighe est appréciée à sa juste valeur ?
Cette musique avait atteint une certaine apogée dans les années 70  Mais petit à petit nous avons assisté au phénomène de sa folklorisation. Elle a commencé à être marginalisée et au lieu de s’attacher à ses racines et à sa tradition, elle est devenue presque un outil de simple distraction. Or, comme tout le monde le sait, les chanteurs amazighs sont avant tout des poètes, ce sont des artistes engagés. L’Institut royal de la culture amazighe a essayé de remettre en valeur la musique amazighe en engageant des recherches scientifiques et en organisant des spectacles. C’est une façon pour qu’elle cesse d’être marginalisée et de la sortir de l’ombre.

Mais pour quelle raison, la musique amazighe s’est-elle à un certain moment dénaturée ?
En fait, il y a deux principales raisons. D’abord, il y a des intérêts. Il existe certains musiciens qui suivent le côté commercial, et ne font guère attention à la qualité de leur production. C’est ainsi que cette musique a versé en quelque sorte vers le folklore. Aussi, il y a de jeunes groupes qui, en essayant d’introduire de nouveaux instruments, sortent du registre initial. Mais le défaut c’est qu’ils ne gardent pas l’originalité de la musique. C’est ainsi qu’elle se dénature.

Y a-t-il, selon vous, des efforts qui sont faits pour protéger les textes de la musique amazighe et pour éviter leur déperdition ?
La meilleure façon de protéger cette musique c’est de continuer à l’enregistrer. C’est de cette façon qu’elle pourra être diffusée et que les textes seront préservés. Mais, ceci dit, il faudrait qu’il y’est une inspection des œuvres musicales qui sont distribuées et vendues.

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