A la une : Amazighe : le chant du coeur

A la une : Amazighe : le chant du coeur

L’heure est à la musique amazighe. Actualité oblige. Le Festival Timitar est venu marquer de son sceau le renouveau de cette musique. Une renaissance qui est marquée par la confrontation avec d’autres styles musicaux. Ce fut le cas, par exemple, de l’expérience de la coproduction maroco-espagnole qui est venue comme une originalité de la deuxième édition de ce festival. Un événement devenu aujourd’hui une fierté non seulement pour les habitants d’Agadir mais aussi pour le reste du Maroc.
Cet événement est venu marquer la fin de l’ère où la musique amazighe était marginalisée. Ceci, tout en sachant que cette musique est riche de part ses gammes et aussi de part le patrimoine qu’elle représente. Cette marginalité était due, selon le chercheur à l’Institut Royal de la culture amazighe (IRCAM) Ahmed Assed, à une mauvaise médiatisation de ce patrimoine musical O combien riche. Mais ce n’est pas la seule raison qui est évoquée. En faite ceci s’explique par une certaine image négative que le colonialisme français avait instaurée. «Les colons français voyaient les musiciens amazighs comme des primitifs et des indigènes», déclare Ahmed Assed. Ce serait donc l’ère coloniale qui aurait, en quelque sorte, donné naissance à cette « folklorisation » du patrimoine musical amazigh. Et d’ajouter, par la suite le gouvernement marocain a de sa part continué à perpétuer cette tradition, sans changer le regard envers cette musique.
A un certain moment, comme le déclare le musicologue Belaïd Akkaf, les artistes amazighs avaient même honte de déclarer leur appartenance et leurs origines. Ceci de peu qu’on les marginalise davantage. Cette marginalisation était elle aussi remarquée sur le plan médiatique. C’est très rare, constate M. Assed, que les troupes traditionnelles amazighes soient invitées à des plateaux de télévision.
Cependant, cette marginalisation semble avoir quand même un côté positif. Etant donné que le public n’avait pas la possibilité d’assister à des spectacles de l’art de Ahwash ou de Ahidous à la télévision, il avait recours aux cassettes audio. Ceci a créé une sorte de boom dans l’univers de la musique amazighe. Actuellement les spécialistes et les chercheurs sont unanimes à déclarer que la musique amazighe a atteint son âge d’or. A titre d’exemple, la Raissa Tabaamrant du Souss est arrivée à vendre cette année 200.000 cassettes.
C’est la preuve même qu’il existe une sorte d’engouement vers cette musique. Une musique riche et qui se caractérise par une certaine rareté. Comme l’explique Ahmed Assed, le style ahwash qui se trouve dans la région du Souss est un phénomène très ancien. Les musiciens dialoguent entre eux avec une improvisation qui est rare. « Le Maroc est aujourd’hui le seul pays au monde qui a su garder un style où l’improvisation est reine», déclare la même source. Et d’ajouter « c’est un phénomène qui n’existe plus en Algérie ni en Lybie ».
Ainsi, la musique amazighe doit continuer à préserver sa richesse. Une richesse que certains groupes contribuent à développer davantage à travers la recherche dans ce domaine. Certains groupes comme celui des frères Akkaf ou des noms par exemple du Rif tels que Said Amazigh et Oulaid Mimouni et « Najib Amazigh » modernisent cette musique en intégrant de nouveaux instruments tout en gardant son originalité. C’est une sorte de relai entre les grands poètes amazighs toujours célèbres et les jeunes talents d’aujourd’hui. Parmi les poètes amazighs qui seront inscrits à jamais dans les annales de l’Histoire figurent dans la région du Souss : Lahcen Ajemâa, Othman Azoulid, Othman Oubled ainsi que Ali Bidni.
Du côté du Moyen Atlas, les grands poètes de la résistance ne sont autres que Boujemaa El Moussa, âgé aujourd’hui de 96 ans,  ainsi que Moha Agouray. Ces poètes engagés résistent toujours aux aléas du temps. Par delà leur musique qui continue de faire vibrer les âmes des Imazighens, suivis par d’autres mélomanes.

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