A la une : Artisanat, entre art et artifice

A la une : Artisanat, entre art et artifice

ALM : Le secteur de l’artisanat traverse-t-il une crise ?
Abdelilah Kabbaj : Avant de parler de la crise du secteur, laissez-moi placer ce secteur dans son vrai rôle socio-politico-économique.
Il s’agit d’un secteur peu capitalistique et à fort coefficient d’emplois puisque un emploi créé par le secteur ne dépasse guère 1000 dirhams, alors que pour l’industrie aujourd’hui un emploi créé nécessite un minimum de 2 millions de dirhams. En d’autres termes, le secteur de l’artisanat ou des arts traditionnels est un vrai réservoir de l’emploi à l’échelon national.
En ce qui concerne la crise en elle-même, il s’agit beaucoup plus d’une assimilation d’absence d’encadrement valable du secteur, une négligence de ces effectifs puisque aucun recensement réel et scientifique n’est fait, aucune définition juste et pratique de l’artisanat n’est arrêtée à ce jour.
Cependant, tout ce qui n’est pas agriculteur, industriel, commerçant est considéré comme artisan, d’où la complexité pour le gouvernement de déterminer le nombre des artisans, leurs besoins en matières premières, la formation adéquate nécessaire et par voie de conséquence la stratégie ou la doctrine qu’il faudrait adapter à ce secteur dont le nom même de l’artisanat doit être changé par les arts traditionnels ou les arts et métiers conformément à la lettre Royale de Sa Majesté le Roi, que Dieu le glorifie, du 13 septembre 2001 à l’occasion de la présentation du « Livre blanc».

Quelles propositions faites-vous pour améliorer la situation du secteur ?
Comme vous le savez, je viens d’éditer en toute modestie un livre documentaire intitulé «Artisanat : Militantisme, culture et économie sociale ». Il s’agit d’un livre-événement qui traite de l’histoire de ce secteur avant l’Islam jusqu’à la mondialisation.
A travers ce livre, j’ai relaté le militantisme des artisans et du loyalisme de ce secteur qui mérite mes propositions suivantes : premièrement, restructuration de tous les textes concernant le secteur (artisan, coopératives artisanales, crédit artisanal, code des investissement dans l’artisanat, et surtout les textes et les statuts des institutions et des Chambres professionnelles représentatives à différents niveaux.
Ensuite, il y a la création d’un Fonds spécial de mise à niveau du secteur. Ce Fonds serait alimenté aisément par la privatisation des ensembles artisanaux existant actuellement et ne répondant plus aux objectifs pour lesquels ils ont été créés. Ce Fonds est de nature à faciliter au gouvernement toutes les manœuvres et les stratégies qu’elles seraient appelées à programmer tant sur le plan de l’amélioration de l’outil de production, de la recherche et de la création et surtout de l’élaboration d’un catalogue national des produits artisanaux avec des nomenclatures, des références aptes à servir à tout promoteur ou spécialiste de marketing pour la prospection, le développement de l’exportation et la recherche de débouchés qui restent la finalité de toute stratégie de production et de commercialisation au Maroc et à l’étranger.
Enfin, il reste l’artisanat rural auquel il faut donner beaucoup d’importance pour éviter d’abord l’exode rural, fixer les artisans ruraux dans leurs régions où les splendeurs de leur production enregistrent un grand succès dans le monde du tourisme et des amateurs de produits naturels tels que le tapis berbère, la tenture traditionnelle, le travail de vannerie, les étoffes de laine, les articles de bois et la poterie rifaine ou rurale connus par ses couleurs naturelles authentiques. C’est d’ailleurs un sujet qui mérite l’attention des collectivités et communes rurales ainsi que du ministère de tutelle et des Chambres professionnelles pour la création de villages des artisans par région. Cette opération pourrait se concrétiser par des contrats-programme entre ses diverses parties et peut-être même des partenaires commerciaux et nous aurons cependant aidé à l’encadrement et au développement du tourisme rural.

La fusion du secteur de l’artisanat avec le Département du Tourisme et de l’Economie sociale n’a-t-elle pas desservi en quelque sorte le secteur ? L’artisanat ne mériterait-il pas un Département à part entière ?
Actuellement, le secteur dépend du ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Economie sociale. L’objectif réside sans doute dans la complémentarité que le tourisme et l’artisanat doivent avoir ensemble puisque dans la réalisation des établissements touristiques, les produits de l’artisanat représentent 40% : zellige, tadellakt, poterie, tuile, boiserie, ferronnerie, maroquinerie, couverture… Par ailleurs, tous les salons organisés par l’Office national marocain du tourisme (ONMT) sont agrémentés par des artisans du travail ou des expositions de produits finis. Il reste, bien entendu, que les achats effectués par les touristes visitant notre pays dépasse de très loin les exportations enregistrées par l’Office des changes.

L’artisanat marocain se vend-il bien ?
Tous les produits de qualité trouvent acheteur. Malheureusement, la qualité de la majorité des produits laisse à désirer par manque de contrôle tant au niveau des matières premières qu’à celui de l’exportation.

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