A la une : Artisanat : la mal-vie dans la peau

A la une : Artisanat : la mal-vie dans la peau

Ambiance morose dans l’Ensemble artisanal de Casablanca. Murs sales, bois ternis, poussière. En pénétrant dans cet endroit, on est surpris par une odeur de moisis. Ironie du sort, cet espace, où sont exposés les produits qui témoignent du génie créatif des artisans, est censé être beau. Mais, force est de constater que cet endroit a atteint un état avancé de délabrement.
Ceci, tout en sachant qu’il y a quelques années seulement, il représentait le plus bel Ensemble de tout le Royaume. Il était le petit bijou et la fierté des artisans. Aujourd’hui, ils sont à la limite d’avoir honte de déclarer qu’ils possèdent une boutique dans cet endroit. « Je n’encouragerais pas mon fils à apprendre mon métier, si c’est pour être au chômage, et de souffrir comme on souffre actuellement ».
Qu’est-ce qui a bien pu arriver à cet Ensemble créé en 1992 ? Pourquoi en est-il arrivé là ? Tant de questions qui n’ont pas de réponses immédiates.
Situé au quartier Bourgogne, cet espace a été construit par l’architecte Lahbabi du temps où Mohamed Abied était ministre de l’Artisanat. Ce même ministère avait comme stratégie de contribuer à créer une certaine dynamisation de ce secteur très capitalistique mais qui, selon l’avis même des spécialistes, n’est pas remis en valeur. Il serait même sous-exploité. Il n’y a qu’à faire un tour du côté des bazars et des boutiques d’artisanat, pour constater que le taux d’affluence est très faible, et que les articles d’artisanat ne se vendent pas en masse. Mais le cas le plus frappant est bel et bien celui de l’Ensemble artisanal du quartier Bourgogne. Cet espace a été fondé en 1992 dans l’esprit de créer une certaine dynamique.
En tout, cet Ensemble compte une vingtaine de boutiques. Mais une dizaine seulement sont ouvertes. Perdant l’espoir que l’ombre même d’un acheteur leur rende visite, certains artisans ont même pensé fermer et retourner chez eux. « Je n’ai plus rien à faire ici, je crois que je vais m’en aller et voir si je peux être utile ailleurs», déclare avec amertume un des artisans. Ces fermetures contribuent, elles aussi, à compliquer la situation, au lieu de la simplifier. « Si des touristes viennent ici et trouvent que ces boutiques sont closes, ils ne vont plus retourner une prochaine fois », explique A.A, un des tisseurs qui tient boutique dans cet espace. Ils se rappellent tous d’une certaine heure de gloire vers la fin des années quatre-vingt-dix. Mais aujourd’hui ils sont unanimes à déclarer que la situation ne cesse d’empirer.  Et A.A d’ajouter : «cela fait maintenant presque trois mois que nous nous retrouvons dans une situation désastreuse, presque de non-retour ».
En effet, à les voir dans cet état, le simple visiteur a l’impression de se trouver dans un camp de réfugiés. Ils sont actuellement à la recherche d’un palliatif pour subsister, même s’ils ne se font pas d’illusion. Leur tristesse pousse un visiteur averti à se poser la question sur l’état actuel du secteur de l’artisanat. Un secteur qui est, selon les artisans eux-même, dans un état de mort clinique. « Si on continue comme çà on finira par mettre fin à ce secteur en menaçant notre patrimoine national, que Dieu sait combien il est riche ». Une situation désastreuse qui ne va guère avec l’optimisme affiché du côté du ministère du Tourisme et de l‘Artisanat. « C’est un secteur très porteur et qui est en pleine évolution», déclare Mohamed Sairi, directeur de l’artisanat au sein du ministère.
Les artisans sont aujourd’hui en croissance certes mais est-ce une raison pour affirmer que leur situation évolue ?  Le Maroc compte aujourd’hui 2 millions 300 mille artisans dans le secteur de l’artisanat productif et de service. D’après Mohamed Sairi, le secteur artisanal ne connaît aucune crise. Il y aurait, d’après ses dires, un seul problème de qualité. « Il y a des commerçants qui s’improvisent artisans et qui, du coup, mettent en vente des produits d’aucune valeur artisanale ». Mais l’Etat semble avoir trouvé une solution.
Elle est à chercher du côté de l’étude Mckinsey consacrée au potentiel industriel national. « Cette étude qui est notre cheval de bataille devrait servir à réorganiser le secteur ». Mais M. Sairi n’en dira pas plus sur la stratégie que le département gouvernemental adopterait en la matière en déclarant qu’elle n’est pas encore rendue officielle et qu’il n’a pas le droit de s’exprimer là dessus. Ceci étant, l’étude McKinsey est-elle la solution aux problèmes des artisans dont un échantillon représentatif se trouve à l’Ensemble artisanal de Casablanca. ?

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