A la une : Asli : «Il y a un manque crucial de volonté»

ALM : Quel est votre avis sur les tournages étrangers qui se déroulent au Maroc et plus particulièrement à Ouarzazatte ?
Mohamed Asli : Je tiens à déclarer que je ne suis pas de ceux qui se voilent le visage et qui tentent de déclarer que tout va bien alors que ça va mal. Je pense, en toute connaissance de cause, que les tournages étrangers ne profitent réellement qu’aux boîtes de productions étrangères. Le Maroc ne bénéficie même pas d’un centième de la manne financière une fois le film réalisé et produit.
La preuve, la population de Ouarzazatte souffre. Les figurants, et ce n’est un secret pour personne, sont maltraités par les producteurs. Les quelques sous qu’on leur donne leurs suffisent à peine pour nourrir leur petite famille. La ville, elle, non plus n’a pas connu d’évolution. Elle a peut-être bénéficié d’une certaine renommée, mais au plan pratique et concret, il n’y a rien de rassurant. Les producteurs étrangers font ce qu’ils veulent et on ne réagit pas. On se contente d’observer et de subir.

Selon vous, à quoi est due cette situation peu rassurante ?
Je pense que l’État marocain et les acteurs politiques n’ont pas conscience des vrais conséquences. Il y a toujours cette main maléfique francophone qui agit à la place de l’état marocain et de la société civile. Si ça continue comme ça, il viendra un jour qu’on se sentira étrangers chez nous.

Qu’est-ce qu’il faudrait alors, pour changer les choses ?
La bourgeoisie marocaine doit réagir. En l’absence d’une politique qui favorise l’installation d’une réelle culture propre et identitaire, il faut que la société civile bouge. La situation où se trouve le Maroc actuellement est catastrophique. Il y a un réel manque de volonté. Mais malheureusement, la bourgeoisie au Maroc est obscure. Les gens s’enferment dans leur ignorance et ne font rien pour en sortir.

Que préconisez-vous pour développer le secteur cinématographique au Maroc ?
Il faudrait tout d’abord créer les infrastructures nécessaires pour développer le septième art. Il faut s‘intéresser au volet de la formation et construire des écoles de cinéma. C’est le seul moyen d’agir et de contrer cette hégémonie des producteurs étrangers. Cependant, on revient encore une fois à l’absence d’une politique culturelle. Les gens refusent de s’impliquer et du coup, il y a très peu de projets qui sont réalisés dans le but de sortir du gouffre.

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