A la une : « Brouillon » ?

Comment ça « brouillon » ? Il faut admettre que ce n’est pas un genre facile le court-métrage. Prétendre l’inverse, c’est montrer que l’on n’a pas pris la réelle mesure d’un grand défi : retracer une histoire en si peu d’images. Etre à « court » de temps, c’est-à-dire ne pas avoir la possibilité de trouver une respiration et réussir à faire quand même passer une idée, ce n’est pas donné. Montrer peu et démontrer beaucoup, c’est moins encore donné. Dire encore que le court est un « exercice », scolaire s’entend, c’est oublier la joie, voire le bonheur, que peut susciter un court chez le spectateur comme chez le créateur. Pas facile le court. Pas plus que ne l’est en littérature la nouvelle, ou encore le «short drama» (pièce de théâtre courte). Comparé à ces deux genres littéraires, le court-métrage n’a pas eu l’intérêt qu’il mérite. Simplement, c’est-à-dire gravement, il s’est trouvé qu’une supputation, discutable à plus d’un titre, avait été décrétée « loi » : «Une projection doit avoir une durée standard entre 1h30 et 2 heures ». Le court, dont la plage horaire peut aller au-delà des 27 minutes, ne souscrit pas à cette logique-là. Mais fallait-il pour autant le ravaler au rang de genre mineur ? Si l’on peut tolérer que le court soit considéré comme un passage, -que sais-je ?-, un pont vers plus de professionnalisme, cela ne devrait pas dire que c’est un genre bâtard. Le court a la légitimité d’être traité comme un genre à part, puisque justement il possède des constantes et des critères qui permettent de le prendre pour un genre artistique à part entière. Ce qui est vrai, quand on sait que le court, -pur bénévolat-, répugne à la sacro-sainte logique du Dieu-marketing. Or, n’est-ce pas pour cela qu’il a été tenu longtemps en bord de route ? Le cinéma, dit-on, est un marché. Du « bizness ». La valeur d’un film n’est déterminée qu’en fonction des sous qu’il peut apporter. Le court n’obéit heureusement pas à la Loi de l’Empereur Libéralisme 1er, c’est pourquoi il reste à nos yeux un acte de création hautement artistique. C’est cette logique que veut installer le Centre cinématographique marocain (CCM), en créant en 2002 le Festival du court-métrage méditerranéen de Tanger. C’est de ce choix que ce festival tire d’ailleurs sa légitimité et une importance qui, au fil des éditions, va en s’accroissant. Ce festival a le mérite d’avoir injecté un nouveau rythme à la créativité cinématographique au Maroc. Chaque année, il donne rendez-vous avec l’émotion et le plaisir. Il se veut également un baromètre de l’état de santé du cinéma national, sachant qu’il met en compétition et donc stimule la créativité des réalisateurs de courts dont le nombre a nettement augmenté ces dernières années : Hicham Lasri (Lunatika), Fawzi Bensaïd (La Falaise, Le Mur et Trajet), Leïla Triki (Cent d’encre), Leïla Marrakchi (200 dirhams), Nordine Lokhmari (Les Griffes de la Nuit)…
Ce sont là quelques belles preuves que le Maroc a faites côté court. Espérons que cela s’installera dans la durée… Il faut éviter à tout prix que cela ne tourne court…

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