A la une : Décris-moi un court-métrage

 Mjid Rchich : «un genre à part»
Je pense personnellement que le court-métrage est une œuvre en soi. Ce genre cinématographique très pointu nécessite une idée très précise pour ne pas s’éparpiller et pour que le film ne parte pas dans tous les sens. Le Maroc compte des réalisateurs qui ont essayé de montrer la force du court-métrage en se spécialisant dans ce genre et en créant des courts-métrages de toute beauté. Mais malheureusement, on a souvent tendance à considérer le court-métrage comme une simple passerelle, pour pouvoir se lancer dans le long-métrage. Cette conception erronée est due au fait que ce genre n’obéit pas aux lois du commerce. Par un souci de rentabilité, les court-métrages ne sont pas commercialisés. C’est ce qui provoque un manque de motivation de la part de certains cinéastes. Il y a aussi une conception erronée, selon laquelle on n’ est pas encore un réalisateur confirmé si on ne fait pas de longs métrages. C’est ce qui explique l’engouement vers les longs métrages. Les courts eux s’en trouvent de ce fait marginalisés. On ne donne malheureusement pas au courts la place qu’ils méritent. Il faudrait qu’il y ait une véritable politique d’encouragement des courts-métrages pour les sortir de leur léthargie. A savoir entre autre les programmer dans les salles de cinéma, avant chaque projection. Il faudrait également que les chaînes de télévision achétent des courts métrages et leur consacrent une tranche horaire considérable. C’est de cette manière qu’on peut pallier à la marginalisation de ce genre cinématographique majeur.

Nourredine Lakhmari : « le court, c’est complexe »
Je dirais en toute connaissance de cause, que le court métrage est aussi important que le long-métrage. C’est une bêtise de penser que ce style cinématographique est un brouillon, une passerelle. Bien au contraire, le court-métrage est un vrai genre en soi. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le court-métrage est très complexe. Ceci dans la mesure où dans un temps très réduit on doit passer notre message. Qui dit message, dit émotion.  En 10 ou 15 minutes, il faut être capable de transmettre le message. Pour cela, ce genre nécessite une extrême vigilance. Alors, compte tenu de toutes ces raisons, le court-métrage ne peut pas être qu’un simple brouillon. D’ailleurs, les plus grands réalisateurs tels que l’Américain Martin Scorcese reviennent au court-métrage après avoir fait leur preuve dans les longs. Malheureusement, au Maroc, on profite très peu du plaisir de réaliser des courts-métrages. Ce genre est victime d’une mentalité selon laquelle les courts-métrages sont dévalorisants pour le cinéaste. Aujourd’hui, cela commence à s’estomper un peu grâce entre autre au centre cinématographique marocain qui mène une politique juste et saine.

 Hicham Lasri : «le court forge la carrière »
Personnellement, je considère que le court-métrage est un genre en soi. C’est grâce à ce genre que le cinéaste arrive à affûter ses armes. La démarche de mise en scène ne peut aboutir que si l’on s’expérimente dans le court-métrage. Dans une métaphore, je dirais que si le long métrage est une discipline , le court-métrage est un sprint. Cela signifie que ce genre souvent vu comme étant bâtard nécessite plusieurs efforts du réalisateur. Ce genre demande une longue durée de préparation mentale et psychologique. Le court-métrage devrait être valorisé pour tous les efforts qu’il nécessite. Mais malheureusement il n’y a guère de marché pour le court. Cela devient de moins en moins rentable de réaliser des courts-métrages. Ce manque de rentabilité et l’absence de commercialisation provoquent un manque de motivation.

Chrif Tribek : « le court, un laboratoire d’écriture»
En ce qui me concerne, l’expérience dans le court-métrage était pour moi une carte- visite. Je devais systématiquement réaliser des courts-métrages puisque c’est la condition sine qua non pour l’obtention de la carte professionnelle. Mais au fur et à mesure j’ai changé ma vision des choses. J’ai fini par me rendre compte que le court-métrage est un véritable laboratoire d’écriture. Etant donné qu’on sait d’ores et déja que notre film a très peu de chance d’être vu, on est plus libre et plus créatif. On sait très bien que si jamais notre film n’a pas beaucoup d’échos et ne fonctionne pas au niveau commercial, on ne risque pas grand-chose, car les courts-métrages sont très peu coûteux. Le risque devient culturel et non pas financier étant donné qu’en réalisant un court-métrage on ne s’attend pas à faire des bénéfices. Aussi dans les courts-métrages, on a moins de contraintes étant donné qu’on est pas obligé d’inclure dans le casting des acteurs connus. Ce n’est pas une priorité. On peut même recruter de simple gens de la rue et réaliser un bon film , car le plus important c’est que le réalisateur maîtrise ses moyens. Aujourd’hui, je réalise des courts-métrages avec un plaisir intense.

 Leïla Triki : «le court, une créativité sans brides»
Je ne suis pas du tout partisane du fait qu’il faut réaliser trois courts-métrages pour pouvoir faire un long-métrage. Je trouve que c’est une conception tout à fait erronée. Je pense que le court-métrage est un langage en soi. C’est une démarche qui diffère sur tous les points de celle du long-métrage. D’abord, le court-métrage c’est une idée qui est cristallisée. En se concentrant sur une seule idée, on peut se permettre d’être plus fantaisiste, plus créatif. Par là-même, on est plus libre en réalisant un court-métrage. Le court-métrage est en effet, une créativité sans brides. Mais plus libre ne veut pas dire moins rigoureux. Au contraire, à l’instar du long-métrage, le court doit respecter un certain nombre de paramètres et qui sont aussi bien esthétiques que techniques. Aussi, le respect du langage est très important, dans la mesure où cela permet de dégager la signature du cinéaste. Je reviendrais sur le fait que je pense qu’il faut cesser de considérer que le fait de réaliser des courts-métrages c’est juste une passerelle.

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