A la une : El Hadad : «Ibn Khaldoun est une autorité»

A la une : El Hadad : «Ibn Khaldoun est une autorité»

ALM : Le monde arabe s’apprête à célébrer le 600 ème anniversaire de la mort d’Ibn Khaldoun. Comment définissez-vous ce penseur ?
Mustapha El Hadad : Ibn Khaldoun est un penseur précurseur. Il a été à l’origine de la sociologie moderne et il a été le fer de lance de la pensée intellectuelle d’aujourd’hui. La connaissance de l’œuvre de ce penseur est un passage obligé pour le développement de toute thèse de sociologie contemporaine. Et pour preuve, tous les intellectuels et les sociologues sont contraints de prendre connaissance de son œuvre pour pouvoir développer la leur. Ibn Khaldoun est un intellectuel d’autorité et un historien empirique. Il a relaté la réalité de la société arabe selon des faits concrets. Le penseur ne se basait pas uniquement sur la théorie mais aussi et surtout sur la praxis. Ibn Khaldoun était le seul à son époque au 8ème siècle à développer une pensée. Il a été le précurseur de la sociologie. C’est pour cette raison que son œuvre continue toujours d’être traduite et elle ne périt pas.

Vous pensez donc que son œuvre est  toujours d’actualité ?
Ibn Khaldoun est certes toujours d’actualité. Au Maroc, plusieurs écrivains et chercheurs ont développé leurs thèses sur sa « Mukkaddima » traduite en français par « Prolégomènes ». Il y a à peine un mois l’ écrivain Abdesslam Cheddadi vient de publier un ouvrage critique sur la Moukkadima. Je pense que c’est positif puisque cela crée une émulation et permet toujours de découvrir une nouvelle facette dans cette œuvre avant-gardiste. Une œuvre qui détermine même le futur des Arabes. On pourrait citer d’autres noms comme Mohammed Oumlil et Bensalem Himmich qui ont fait des recherches sur ce penseur originaire du Yémen et qui a longtemps visité les pays du Maghreb. Mais par ailleurs, on remarque que ce sont les Occidentaux qui l’ont tout d’abord récupéré. On retrouve toujours des écrits sur Ibn Khaldoun et on a l’impression que ce penseur ne nous appartient pas.

Voulez-vous dire par là qu’il y a eu un manque d’intérêt arabe à l’égard d’Ibn Khaldoun ?
Un manque d’intérêt par ignorance et non pas de manière voulue. En fait, les premiers écrivains qui ont traduit son œuvre sont des Français. On peut citer à titre d’exemple Yves Lacoste et Fernand Braudel. L’Occident a récupéré la pensée d’Ibn Khaldoun. Le monde arabe, quant à lui, n’a pas été très à l’affût de ce qui sera considéré comme une véritable révolution. Les chercheurs arabes ont mis du temps à reconnaître la véritable valeur de son travail. Certains ont même voulu critiquer son œuvre en disant que c’est du plagiat et que « Prolégomènes » n’appartenait pas à Ibn Khaldoun.

Quel est ce groupe qui a émis ces accusations ?
C’est un cercle anonyme de penseurs arabes qui avaient fustigé contre l’œuvre d’Ibn Khaldoun. Mais les lecteurs et chercheurs avertis n’ont pas du tout adhéré à cette thèse vu que selon la logique cela ne pouvait pas être du plagiat. Les déclarations d’Ibn Khaldoun sont basées sur des faits réels et il en est bien le géniteur.

L’œuvre d’Ibn Khaldoun est-elle assez exploitée ?
Ibn Khaldoun a été comparé à Machiavel et à Descartes. Plusieurs thèses ont été développées et publiées, mais malgré cela, je pense qu’il n’a pas été assez exploité comme il le mérite.
Je pense que les réalités qui sont décrites par Ibn Khaldoun sont toujours évoquées et aucun changement ne s’en est suivi. Le penseur avait évoqué le concept de « Respublica » ou la chose publique. A son époque, Ibn Khaldoun avait parlé d’absence de conscience publique et de prédominance de l’esprit égoïste. Dans nos sociétés, on remarque aujourd’hui que cet exemple cité est toujours inscrit dans les mœurs qu’il n’y a pas eu de véritables évolutions. C’est en ce sens que la pensée khaldounienne est importante.

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *