A la une : Ibn Khaldoun, le Maghrébin

A la une : Ibn Khaldoun, le Maghrébin

C’est l’année Ibn Khaldoun. Le monde entier se prépare à rendre hommage à ce grand historien-penseur. Mais dans le Maghreb, et au Maroc en particulier, cet hommage prendra une autre signification. Tout simplement parce que celui qui est considéré comme le précurseur de l’histoire moderne est né dans le Maghreb. Issu d’une famille yéménite, Ibn Khaldoun voit le jour à Tunis, le 27 mai 1332. Autre raison qui devrait nous porter à revendiquer Ibn Khaldoun, c’est l’intérêt considérable qu’il a témoigné pour l’histoire du Maghreb. Une conférence est d’ailleurs prévue le 12 février, dans le cadre du 12ème Salon international de l’édition et du livre de Casablanca. Placée sous le thème « A propos de la pensée du Maghrébin Ibn Khaldoun », cette conférence ouvrira le cycle des manifestations commémorant le 6ème centenaire de la mort de l’historien. Côté édition, le Prix Najib Mahfoud, Bensalem Himmich se prépare à publier un livre en hommage à l’auteur de la «Moqaddima», ouvrage-clef de la pensée d’Ibn Khaldoun, sous l’intitulé «Mémoires du penseur amoureux ». Par ces initiatives, il s’agit de revendiquer la mémoire d’un penseur maghrébin considéré comme l’un des premiers à avoir conçu l’histoire comme une science, d’où la modernité étonnante de sa pensée. « Ibn Khaldoun a conçu et formulé une philosophie de l’histoire, qui est sans doute le plus grand travail qui ait jamais été créé par aucun esprit dans aucun temps et dans aucun pays », reconnaît le chercheur Toynbee. Preuve de son rôle pionnier dans la pensée moderne, Ibn Khaldoun a créé des concepts comme « Al Umran ». Dans la «Moqaddima », il distingue entre « l’Umran hadari » et « l’Umran badaoui ». « La civilisation de «l’Umran hadari» marque le plus haut degré du progrès auquel un peuple peut atteindre. C’est le point culminant de l’existence de ce peuple et le signe qui en annonce la décadence. «L’Umran hadari», état auquel aboutit l’Umran badaoui, la royauté, le peuple et tout ce qui marque dans la société humaine ont un temps limité pour exister, à l’instar de chaque individu d’entre les êtres créés », explique Ibn Khaldoun dans la « Moqaddima ». Remarquons, là aussi, que dans le livre d’Ibn Khaldoun il y a un signe annonciateur de la décadence de la civilisation musulmane lors du XIVème siècle. Pour s’en rendre compte, il suffit de rappeler la chute de Grenade en 1492, marquant la fin du règne musulman sur l’Espagne. Pour Ibn Khaldoun, les civilisations, à l’instar des êtres humains, sont condamnées à décliner après avoir atteint leur apogée. « Ibn Khaldoun (…) a été l’un des premiers théoriciens de l’histoire des civilisations », déclare le penseur Fernand Braudel.
Historien, penseur, Ibn Khaldoun fut également un homme politique. Il fut sollicité par plusieurs princes et souverains hafsides pour ses analyses politiques pertinentes. Simplement, la vie courtisane était plus qu’embarrassante pour le penseur. D’où la décision d’Ibn Khaldoun de prendre ses distances par rapport à la politique pour se consacrer à l’écriture et aux voyages. Parmi les villes où il a séjourné, outre Tunis ( sa ville natale), on peut citer Séville (Espagne) mais aussi et surtout Fès. Sur son séjour dans la capitale spirituelle du Royaume, Ibn Khaldoun a laissé plusieurs écrits dans son livre de référence la «Moqaddima ».

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *