A la une : Il y a 31 ans, disparaissait Boujmii

«Mon frère est décédé hier, et c’est aujourd’hui que l’on apprend la nouvelle », fredonnaient, une larme dans la voix, Nass El Ghiwan, au lendemain de la disparition mystérieuse de Boujmii. « Hier », c’était le 26 octobre 1974. Ce jour-là, l’un des piliers du groupe Nass El Ghiwan a craqué. « C’était trop tôt », s’accorde-t-on à dire toujours. Boujmii H’gour est décédé alors qu’il avait à peine la trentaine, ce qui a fait planer le doute sur «les causes » de la mort de cet artiste qui, de l’avis de plusieurs, aurait été « en avance sur son temps ».
Hamid Zoughi, l’un des stratèges de la légende ghiwanie, se demande encore pourquoi la dépouille du défunt n’a pas été soumise à l’autopsie pour déterminer les « réelles causes » de la mort de Boujmii. Autre son de cloche chez Taïeb Saddiki, pour qui la question sur un « assassinat » présumé de Boujmii relèverait d’une surenchère inadmissible. Une chose, cela étant, reste sûre : le silence assourdissant avec lequel le « Maroc officiel » accueille à chaque fois l’anniversaire de la disparition de l’artiste n’est pas pour calmer les ardeurs.
Ce silence nourrit une crainte partagée que la légende de Boujmii ne soit délibérément enterrée. Comment peut-on expliquer que nos médias, audiovisuels en particulier, ne procèdent même pas à un « petit » rappel en disant que le jour « J » coïncide avec l’anniversaire du décès de Boujmii, l’instigateur de la création de ce que le réalisateur américain Martin Scorsese appelait « les Rolling Stones de l’Afrique », l’archer de ce que d’autres en Europe qualifiaient de « Beatles casablancais »… Pas un seul mot, pas une seule image diffusée sur la petite lucarne pour rappeler le défunt au souvenir des trente millions de Marocains qui l’ont apprécié, adopté, aimé, adoré… Omar Sayed, vieux compagnon de Boujmii et actuellement number 1 de Nass El Ghiwan, a su bien résumer le mérite du regretté : « Boujmi répandait autour de lui une odeur de félicité, il était aimé de tout le monde.
L’image de son visage illuminé par un éternel sourire luit encore comme un ostensoir ». Pétri de grandes qualités humaines, Boujmii le fut également du point de vue artistique. Né dans un quartier à Hay Mohammadi habité par une tribu dite « Aârib », originaire de Taroudant, connue pour sa maîtrise de l’art de la suggestion, Boujmii a appris très jeune à manier la parole comme on manie une arme. « Le regretté était très passionné par le dialecte (zajal) hassani (textes poétiques du sud marocain) », nous dit Hamid Zoughi. Moulay Abdelaziz Tahiri, l’un des architectes de l’épopée de Nass El Ghiwan et de Jil Jilala, veut insister sur la diversité des talents du défunt.
Connu et reconnu pour sa veine poétique et l’originalité de sa voix, Boujmii fut également réputé pour sa qualité d’homme de théâtre. «Boujmii m’avait étonné par son talent de comédien, il a campé les cinq ou six rôles qu’il compte avec un brio tel qu’il est devenu le chouchou des amateurs de théâtre », témoigne Moulay Abdelaziz Tahiri. Récapitulons : Passion du verbe, originalité et puissance de voix, présence sur scène, don pour le théâtre… Ce sont là des traits caractéristiques d’une légende vivante du patrimoine lyrique national.
« La, la, la, la khouyi, la zalti maâna…
« Non, non, frère, tu es toujours parmi nous…
Qui a dit que les légendes meurent ?

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