A la une : Ingratitude

Le ciel pleut d’argent sur Ouarzazate. Chaque an que le Bon Dieu fait, des avions, venant d’horizons lointains, font débarquer à l’aéroport de la ville des centaines de millions de dirhams. Les chiffres sont très parlants. En 1997, le budget investi dans les tournages a plafonné à 124.970.000,00 DH ; en 1998, à 269.450.000,00 DH ; en 1999, à 437.000.000,00 DH ; en 1999, à 428.000.000 DH ; en 2000, à 468.400.000,00 DH ; en 2001, à 95.270.000,00 DH ; en 2002, à 112.380.000 DH… Dans les proportions et au rythme où se sont succédé les tournages en 2003, 2004 et 2005, ces montants auront triplé. De quoi affoler le compteur… à sous ! Ouarzazate n’en revenait pas, pas plus que sa population qui devait se frotter les mains.
Or, circulez, il n’y a rien. Ou presque. En dépit de cette impressionnante cascade de… sous, la ville est restée démunie. Malgré cette réalité amère, la population d’Ouarzazate n’a pas perdu son humour. «Trop de soucis font rire», dit l’anecdote. Les habitants en ont trouvé une bien meilleure : Pas de salle de cinéma dans la capitale de cinéma ! Mais si, Ouarzazate en a bel et bien une : «cinéma Atlas». La belle affaire ! Elle est fermée ?! Il y a de quoi en faire un beau film… de comédie. Mais passons, l’heure est grave. Ouarzazate, paraît-il, ne doit son salut qu’à la clémence du Ciel.
Le Bon Dieu l’a dotée d’une nature ensorceleuse : un climat doux et ensoleillé, un ciel bleu, des paysages où le sable tutoie la neige, le désert côtoie la verdure (Oasis), l’éclat argenté des oueds épouse le teint blanc des steppes du Grand-Atlas… On ne vous parlera pas de ces milles casbahs que nous ont léguées nos aïeux, dont certaines avaient été inscrites sur la liste du patrimoine universel de l’Humanité. Si cela apporte certes une très belle touche au tableau paysager d’Ouarzazate, c’est plutôt à nos ancêtres qu’on le doit.
Qu’en est-il alors du présent ? Où est allé l’argent des tournages ? A-t-il réellement profité à la ville ? Une simple visite sur place permettra de donner tort à tous ceux qui répondront par l’affirmative. Résumons : Ouarzazate a beaucoup donné, mais, paraît-il, elle n’a rien reçu. Généreuse, elle a ouvert ses portes aux plus grandes productions cinématographiques que le monde ait connues : «Laurence d’Arabie» de David Lean, «L’homme qui voulait être roi» de John Huston, «Un thé au Sahara» de Bernardo Bertolucci, «Oedipe Roi» de Pazolini, «Le Diamant du Nil» de Lewis Teague, «Kundun» et «La Dernière tentation de Jésus» de Martin Scorsese, «Rules of the engagement» de William Friedkin, «Babel» d’Alejandro Gonzales, «Les Dix commandements» de Robert Dornheim… Ouarzazate a fait le bonheur des cinéastes les plus illustres au monde. Aucun film n’a jamais encore porté son nom. Comme c’est le cas de «Casablanca». Jusqu’où peut-on pousser encore l’ingratitude…
Il faut rendre à Ouarzazate ce qui appartient à Ouarzazate.

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