A la une : Injustice

Depuis son départ précipité, le 26 octobre 1974, rarement on aura pensé à ce garçon doué qui a traversé la deuxième moitié du XXème siècle comme un météore. La rapidité avec laquelle il a vécu, il a également disparu, rappelle celle de gens que l’on dit « en avance sur leur temps».
Poète quasi-visionnaire, ce garçon aurait même anticipé sa mort en écrivant l’un des plus émouvants textes que compte le répertoire poétique national : « Ghir khodouni… » (Prenez-moi…).
Dans cette chanson, le regretté évoque cruellement des termes qui en disent long sur sa « misère posthume » : «poignardé dans le dos », « sang trahi», «victime »… Dans une autre chanson, le regretté dit : « Pourquoi, de tous les verres, seulement le mien est triste » ! Boujmiii aurait-il pressenti le « destin» qui l’attendait après son décès ?
La réalité confirme ce pressentiment. 31 ans après la disparition de Boujmii, aucun geste concret ne s’est encore manifesté pour honorer la mémoire de celui qui fut à l’origine de la chanson populaire engagée au Maroc.
Parolier, Boujmii a apporté à notre patrimoine lyrique une dizaine de bijoux poétiques. « Sinyia », « Aya n’damti », « Fin ghadi bia khouya », sont repris comme des standards dans notre pays et bien au-delà.
Poète lyrique, Boujmii a également donné la pleine mesure de son talent d’auteur dramatique. Très jeune, il écrit trois pièces pour la célèbre et mythique troupe de théâtre « Rouad Al khachaba» (Les Pionniers de la scène) : « Tayeb Ba Houmane », «Kenza El Haj » et « Ila an yachiba al-ghorab » (Jusqu’à ce que le corbeau vieillisse).
Et ce n’est pas tout… Boujmii avait une autre corde à son arc. Selon Hamid Zoughi, un vieux compagnon de route du regretté, Boujmii aurait également pu devenir un grand joueur de football. « Son don pour le ballon rond fut tel qu’il fut invité par le défunt Zaouli à intégrer l’équipe  Tihad Athletic Sport (TAS) », nous dit-il.
Tout bien considéré, Boujmii fut un garçon hors norme.
Si bref que fût son parcours, il n’en a pas moins été riche de créations. Mais le problème maintenant est que rien n’est encore envisagé pour publier au moins les écrits du défunt Boujmii.
Initiative que le ministère de la Culture aurait pu prendre, comme ce fut le cas avec les regrettés Zef-Zaf, Mohamed Choukri et autres.
L’actuelle formation de Nass El Ghiwan n’a pas suffisamment fait pour réhabiliter la mémoire de Boujmii, comme le reconnaît Omar Sayed lui-même.
Il est temps, il était grand temps de rendre à Boujmii ce qui appartient à Boujmii. 

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