A la une : L’autre visage de l’immigration

A la une : L’autre visage de l’immigration

Comme tous les immigrés, les artistes marocains vivant sous d’autres cieux retournent à chaque début d’été dans leur pays d’origine. Bien sûr, l’objectif est de retrouver la famille, les traditions et, comme on dit, l’air du «bled ». Ce retour leur offre aussi  l’occasion  d’apprécier la beauté incomparable de leur pays, la chaleur d’une nature généreuse et cette autre chaleur humaine chevillée corps et âme au peuple marocain.
Mais depuis six ans, une autre occasion précieuse leur est offerte. «Rawafid», Festival des créateurs marocains à l’étranger, leur donne depuis l’an 2000 la possibilité à la fois de se faire connaître et de révéler leurs talents à des compatriotes qui partagent avec eux, dans l’enthousiasme, le meilleur de ce qu’ils ont appris dans leurs pays d’adoption. Les retrouvailles se font autour de l’art, sous ses différentes facettes : musique, cinéma, arts plastiques, littérature … Pas de barrières entre les genres, et moins encore entre ces Marocains expatriés et leurs compatriotes restés dans leur pays, le cadre où se déroule le festival se prêtant d’ailleurs à cette  parfaite communion dans la joie et dans l’amour de l’art : la place Mohammed V, située en face de la wilaya du Grand Casablanca, se mue en immense salle de fête en plein air.
La joie à ciel ouvert ! Pendant une semaine, jour pour jour, les concerts se multiplient, les coups de cœur aussi. Le podium, sur lequel se succèdent nos artistes immigrés, et le parterre, où une gigantesque foule fait le déplacement chaque soir, ne font qu’un seul corps. En dehors de toute distinction d’âge, de niveau social ou intellectuel, un raz-de-marée humain qui s’étend à perte de vue donne la réplique à nos artistes immigrés heureux que le pays qu’ils ont quitté les accueille à bras ouverts, qu’il soit fier de leur réussite sous des horizons lointains.
Pour leur part, ces immigrés doivent s’estimer fiers de  mettre leur  savoir-faire, au service de leur pays. Ainsi donc, on n’oublie pas le pays où on est né. Le pays qui leur a donné le jour ne les oublie pas non plus. En témoigne ce festival parti sur l’idée de les accueillir chez eux, de les valoriser, en reconnaissance du rôle qu’ils jouent dans la promotion de l’image du Maroc à l’étranger, offrant, à qui veut bien entendre ou voir, la preuve que notre pays exporte vers d’autres continents cette inégalable ressource : la matière grise.
Les talents marocains d’ailleurs en ont d’ailleurs à revendre. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent. Pour se limiter au cas qui nous intéresse ici, à savoir la création, bien des artistes marocains immigrés ont réussi à s’imposer dans leurs pays d’accueil : les acteurs Jamal Debbouze, Gad El Maleh, Asmaâ Khamlichi, Saïd Taghmaoui (France), les réalisateurs Nordine Lokhmari (Norvège), Fawzi Bensaïdi (France), les groupes de musique Aflak, Sapho, Abdy (France), Washm, Kasbah, Shahra-Z, Bad Brya, Rajae Elmouhandiz (Pays-Bas), Samira Bensaïd, Raja Belmalïh, Leïla Ghofrane (Egypte), Hakim (Espagne) … En dehors du cinéma, de la musique ou du chant, il y a des Marocains immigrés qui font autorité dans le domaine de la littérature. Il suffit de penser au Prix Goncourt Tahar Benjelloun, à ces auteurs qui se frayent leur chemin vers la consécration tels que Maâti Kabbal, Mahi Binebine et autres jeunes talents.
Ces Marocains d’ailleurs ont tordu le cou à une certaine idée de l’immigration dans laquelle certains démagogues étrangers ne veulent voir que des aspects négatifs, prouvant envers et contre les xénophobes que notre pays contribue, par le biais de l’immigration, au développement de la société humaine. C’est un atout majeur qu’un pays de grande civilisation et de générosité apporte au patrimoine universel de l’Humanité. Maintenant, c’est à notre pays d’en tirer  les enseignements. Le Maroc a bel et bien besoin de ses talents. « Rawafid » offre là-dessus une jolie preuve.

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