A la une : Le nerf de la guerre divise les gens de théâtre

A la une : Le nerf de la guerre divise les gens de théâtre

Jamais les professionnels de la scène n’auront été autant et longuement divisés. Six ans après la mémorable annonce de la création du Fonds d’aide au théâtre, ces professionnels ne semblent pas près d’enterrer la hache de guerre. Paradoxalement, ce qui devait les unir les divisait. Mais quel «mal» peut-on trouver à l’idée que l’Etat prenne en charge la production ou encore la diffusion des créations théâtrales ? Les «opposants», dont certains ont déjà bénéficié de l’aide publique au théâtre, trouvent que cette politique a donné naissance à une forme d’assistanat. «Le théâtre ne serait qu’un alibi pour se faire de l’argent», dénoncent certains.
D’autres ne veulent voir dans la multiplication des troupes de théâtre durant ces six dernières années qu’une recherche du gain. «La politique de soutien au théâtre a donné le  jour à de pseudo-troupes, plus intéressées par l’argent du théâtre que par le théâtre en soi», martèle un contradicteur.
Un autre pointe le manque d’objectivité, pour ne pas dire carrément la corruption de certains membres de la commission nationale d’aide à la production théâtrale. On pourrait allonger la liste des «griefs», dont bon nombre avaient déjà été publiés sur les colonnes de la presse écrite. Mais passons, car si l’on peut comprendre certains griefs, il faut souligner que ces derniersont trop souvent été entachés d’animosité, ce qui remet en question leur crédibilité et leur fondement même.
Certains, proclamés, à tort ou à raison, «pionniers du théâtre marocain», exigent d’être «subventionnés», -c’est-à-dire «assistés»-, une fois ils ont déposé leurs dossiers de candidature. C’est une manière inacceptable de faire chanter l’Etat. Sous prétexte d’avoir beaucoup fait pour le théâtre national, certains auto-désignés «fondateurs» demandent à être rémunérés pour «services rendus à la nation», refusant de souscrire aux règles du jeu qui font que les dossiers de candidature doivent être soumis à l’approbation de la Commission nationale d’aide, la seule habilitée à décider de la qualité de chaque projet de création. Or, cela n’est pas entendu de cette oreille.
La Commission, dont la constitution et les règles du jeu sont fixées par la loi, est appelée à appliquer un «système de rente», ce qui contredit le principe même qui a été à l’origine de sa création, à savoir la rémunération des produits sur la base d’un cahier des charges bien précis. Les dossiers doivent répondre à deux critères principaux: la pièce proposée doit être inédite et de qualité technique impeccable. L’examen des dossiers devra par la suite passer par l’étude du volet juridique de la troupe candidate, la lecture des textes dramatiques (style, personnages, structure dramatique), la discussion de la possibilité de leur théâtralisation, de la vision du metteur en scène… La Commission est appelée à sélectionner à peu près une vingtaine de dossiers sur un total de 60. Bien sûr, la Commission n’est pas au-dessus de la critique, mais cela ne peut être systématique.
Cette Commission est constituée de manière à garantir la représentation du ministère de la Culture et de différents organismes professionnels (syndicats, enseignants chercheurs, etc).  Au-delà de la Commission, c’est la politique de l’aide publique au théâtre qui est prise pour cible. Quoi que l’on dise, cette politique, depuis sa mise en œuvre, a donné de très beaux fruits. D’une part, elle a boosté la productivité théâtrale nationale. Grâce au Fonds d’aide, le Maroc produit plus de trente spectacles, ce qui n’est pas dérisoire. On ne vous parlera pas de l’aide à la diffusion et à la promotion des spectacles.
Une moyenne de dix représentations de chaque spectacle subventionné est prise en charge par l’Etat. D’autre part, cette politique a permis de dégager de nouvelles tendances théâtrales, comme le théâtre expérimental, de donner chance au théâtre de boulevard, au one-man-show, sans oublier le théâtre amazigh, ni les spectacles pour enfants.
Avec cette politique, la part des goûts est faite. Au grand bonheur du public, aujourd’hui, plus que tout autre temps, réconcilié avec son théâtre.

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