A la une : Ouarzazate : où va l’argent du cinéma ?

A la une : Ouarzazate : où va l’argent du cinéma ?

Saïd avait les joues toutes roses lorsqu’il est sorti du château « Cléopâtre ». Un sourire gracieux venait illuminer son visage à la fin d’une séquence de la série documentaire sur les animaux en tournage dans les studios « Atlas Corporation ». Comme Saïd, plusieurs jeunes figurants de la région étaient sur le tournage ce samedi 24 septembre 2005.
Au perron du château, où le réalisateur Frank Roddam avait tourné son long-métrage « Cléopâtre », une dame coiffée d’un chapeau de paille avait pris place. Visiblement fatiguée, elle n’a pas perdu le sourire. « Nous réalisons une série sur les animaux pour le compte de plusieurs chaînes de télévision européennes », nous dit cette productrice. Un projet monstre sur le budget duquel elle n’a pas voulu communiquer de chiffres, pas plus que sur le montant de location d’ « Atlas Corporation Studios».
Reste, la rétribution octroyée aux jeunes Marocains faisant de la figuration dans cette production documentaire. « 250 dirhams la journée», nous répond-elle. « Une aubaine pour les jeunes qui ont trouvé dans les tournages une possibilité de prendre du service », renchérit un responsable du studio. Sur la manière de recrutement de ces jeunes, ce responsable nous a dit que cette tâche était du ressort des «casting’s directors » (directeurs de casting). «Faute de statut définissant des critères précis, le mode de recrutement reste entaché de clientélisme », déplore une jeune maquilleuse.
Du côté du Centre cinématographique marocain (CCM), un barème aurait été fixé. Simplement, ce barème ne concerne que les acteurs qui font de la « figuration intelligente ». Dans le film « Babel » tourné récemment à Ouarzazate, Saïd Bey, acteur connu et reconnu, nous a dit avoir perçu 6.000 dirhams la journée. Un cachet certes correct, mais très dérisoire par rapport aux rétributions faramineuses empochées par les têtes d’affiche qui se sont succédé dernièrement à Ouarzazate : Russel Crowe ( Gladiator, de Ridley Scott), Anthony Queen (L’île au trésor, de Paoul Ruiz), Hally Berry (Salomon and Sheba, de Robert Young), Jean Claude Van Damme (Le légionnaire, de Peter Mc Donald)… « Si dérisoires que puissent paraître nos cachets, elles restent mille fois mieux que la bagatelle qui nous est octroyée par nos producteurs », s’indigne un acteur.
Mais au-delà des acteurs nationaux, l’embellie cinématographique que connaît Ouarzazate profite-t-elle réellement à sa population ? D’accord, cette embellie a permis de réduire le taux de chômage des jeunes, de booster les corps de métiers entourant la réalisation de films (coiffure, maquillage, menuiserie, équitation, etc).
Bien sûr, les décors construits pour les besoins de tournage sont légués aux studios où ils ont eu lieu (palais de « Cléopâtre » Frank Roddam), «Royaume du paradis» (Ridley Scott), « Asterix et Obelix » (Alain Shabat)… Au fil des tournages, ces studios se sont transformés en véritables musées… Simplement, cette percée semble ne pas avoir eu de retombées directes pour la ville d’Ouarzazate et régions.
Les paradoxes sont légion. Considérée comme le « Hollywood » du monde arabe, la seule salle de cinéma que compte Ouarzazate est fermée. Il s’agit du cinéma « Atlas ». Destination privilégiée des cinéastes les plus illustres au monde, cette ville manque, encore et toujours, d’infrastructures routières. Pour s’en rendre compte, il suffit d’emprunter la route desservant le centre-ville à la casbah des Aït Benhaddou.
Ouarzazate doit sa réputation soit à la magie de son passé (ville des mille casbahs), soit à la beauté des paysages (plaines, montagnes, plateaux, gorges, sables, fleuves et lacs, etc). Héritière d’un mode musical ancestral, en l’occurrence les Ahwachs, les maîtres de cet art vivent dans le dénuement total. Le Festival d’Ahwach, dont la 1ère édition vient à peine d’être lancée, a montré que seul ce genre de manifestations est capable de redynamiser la vie socio culturelle de la ville. Pour le reste, ce n’est que du cinéma…

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