A la une : Paradoxe

Qui a dit que les Marocains n’aimaient pas le livre ? Si nos concitoyens ne fréquentent visiblement pas les bibliothèques publiques, c’est parce qu’ils préfèrent lire chez eux ( !). En fait, ils aménagent des bibliothèques à domicile. Très bien, pas de problème. Sauf que là, la bibliothèque est réduite à un simple objet de décoration. La présence des bibliothèques relève de la simple occupation de l’espace. Pour ne pas dire du snobisme. De la frime. « Tu as une bibliothèque chez toi, donc tu lis ». Or, le paradoxe veut que, dans notre pays, ceux qui ont le moyen de lire ne lisent pas. Faut-il mettre « ça » sur le compte de nos « spécificités culturelles » ? En voilà une : ceux qui ont la possibilité de lire prétendent ne pas avoir le temps de lire ! Que dire de ceux qui ont tout leur temps et ne savent pas lire ?
Restons dans le premier « cas », c’est-à-dire celui des « lettrés ». Leur attitude vis-à-vis du livre est autant grave qu’elle suinte d’hypocrisie. Car, il ne suffit pas d’avoir sa propre bibliothèque pour s’improviser «lecteur ». Parlons vrai, un livre est fait pour être lu. De ce fait, il ne saurait servir à meubler le décor. Et être rabaissé au rang de simple plat de cristal ou de ces tapis aux motifs chatoyants. Dieu ce que c’est hypocrite ! Mais passons, il y a le plus grave.
Cette attitude bien installée chez nous est également et surtout «l’œuvre » de l’ignorance. Car, si on était bel et bien conscient de la magie du livre, de son effet immédiat et direct sur la personnalité de l’être humain, de son importance dans l’épanouissement de l’individu, le développement de son sens de l’observation, de l’analyse et donc de la critique, le développement d’une certaine sensibilité et le raffinement des goûts, de sa capacité à changer ou à complètement transformer une vie ; si on savait mesurer l’impact de chaque parole d’un roman ou d’un recueil de poésies, le plaisir qu’on peut  voir éclater, comme une foudre, une idée dans sa propre imagination, à voir renaître un sentiment bien enfoui, recouvrer la capacité à s’étonner, se passionner, rêver, réfléchir, et autres bienfaits réels que peut nous procurer la lecture d’un livre ; si on pouvait saisir l’importance de la lecture, on ne se serait jamais passé du livre. Bien au contraire.
Ce livre est le meilleur et le plus fidèle compagnon qu’on puisse avoir, parce que, comme un phare, il nous éclaire sur le chemin obscur de la connaissance. Il nous pousse à penser plus large, nous aide à retrouver un meilleur usage de nos sens et une visibilité dans le brouillard du savoir.
Avoir un livre, le laisser fermé, plus que de l’indifférence, c’est le pire affront que l’on puisse faire à son auteur, et plus globalement à ceux qui ont pris la peine de « brûler » pour éclairer le chemin des générations présentes et futures.

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