A la une : Tournages étrangers : Mode d’emploi

A la une : Tournages étrangers : Mode d’emploi

Marqué par un retour en force des tournages étrangers, le cinéma au Maroc, dans son aspect économique et industriel, reprend du poil de la bête. Après s’être faits rares ces dernières années, les réalisateurs étrangers, et pas des moindres, reprennent les chemins du pays. Mais comment font-ils ? Sur quelles bases choisissent-ils de tourner au Maroc. En fonction de quelles règles et selon quelles modalités ? Combien y laissent-il. Le cinéma étant un art hautement capitalistique ?
Tout commence par la prise de contact entre la société étrangère intéressée par un tournage au Maroc et une société marocaine de production exécutive, maître d’œuvre de l’opération au Maroc et seul et unique interlocuteur vis-à-vis des autorités chargées ou concernées par la question.  Parmi elles, figure en premier lieu le Centre cinématographique marocain. Mais avant d’en arriver là, la toute première étape reste celle du repérage. Pour ce faire, une attestation de repérage est délivrée par le CCM. Il s’agit du tout premier pas, impliquant l’expertise de la société de production marocaine et les besoins des acteurs-clés, principaux intervenants s’entend, du film, à savoir le réalisateur, le producteur, le chef décorateur ou le régisseur général. Une fois les lieux et sites de tournages choisis, les négociations peuvent commencer. Les deux parties se mettent d’accord sur le budget alloué pour la partie, ou l’intégralité, du tournage qui concerne le Maroc, ainsi que sur le type et le montant de la prestation que doit accorder la société marocaine.
La prestation concerne aussi bien les autorisations de tous genres que l’aspect logistique (hébergement, transport, restauration… des différents intervenants du tournage) ainsi que le casting marocain et la sélection des équipes techniques marocaines. La loi 2001 voudrait que 25% des techniciens marocains soient titulaires de la carte professionnelle, que délivre également le CCM. Dans l’étape qui suit, ce dernier tranche entre l’octroi, ou non, de l’autorisation de tournage. Le dossier de demande, que présente la société marocaine,  comporte une demande, sous forme d’imprimé, de tournage, une ébauche du contrat associant les deux parties précitées et le scénario du film. Et c’est sur la base de ce dernier que l’autorisation est accordée.  Généralement, celle-ci est automatique. Les lignes rouges qui peuvent conduire à un refus étant aussi limitées que très claires : l’Islam, l’intégrité territoriale et la Monarchie. Jamais un refus n’a été prononcé, apprend-on du côté du CCM. L’étape suivante est celle de la préparation.
Celle-ci varie selon le type de logistique à mettre en place. Idem pour les tournages, qui vont d’une seule journée à près d’une année. C’est le cas pour le tournage du célèbre succès Black Hawk Down, de Ridley Scott, un habitué des paysages marocains. Son tournage, préparation comprise, a duré plus de 10 mois. La moyenne en la matière est cependant de 10 semaines. Le budget du film dépend, évidemment, de la durée du tournage. Il va de 2 ou 3 millions à plusieurs centaines de millions de DH. Là encore, le record est à l’actif du même Black Hawk Down, dont le budget pour le Maroc a été de 200 millions DH. La moyenne sur ce registre est de 15 millions DH. Le coût de la prestation de la société de production exécutive est, notamment, proportionnel au budget. Il va de 60.000 DH à 500.000 DH, voire un million de DH. Sans compter les équipes techniques marocaines.
Les salaires des différentes composantes de ces dernières varient selon les profils et le budget du film. Ils sont réglementés par un barème minimal établi par le CCM. Ce barème fixe un minimum allant de 3000 DH par semaine pour le simple technicien (assistant-régie, électricien…) à 8000 DH pour les chefs de départements (chef-décorateur, directeur de production…). Si la moyenne des salaires dans ce secteur est entre 4000 et 6000 DH par semaine, il n’empêche qu’ils peuvent facilement passer du simple ou double, dépendamment de la largesse du budget et de ceux qui en tiennent les commandes ainsi que des compétences recherchées. Sans oublier les défraiements (hôtels, restauration…) quand le tournage a lieu, et c’est généralement le cas, hors des lieux de résidence des techniciens.
A voir tous ces beaux chiffres, force est de dire que le cinéma est un secteur qui rapporte. Encore faut-il que tournages il y ait. Ce type d’activité, et à l’image de bien d’autres, reste l’objet des aléas conjoncturels. Ainsi, et après une période faste, marquée par des succès type Gladiator, du même Ridley Scott, les tournages au Maroc s’étaient rétrécis comme une peau de chagrin les deux ou trois dernières années, avant de reprendre récemment  avec plusieurs grands et moyens films tournés, comme Sahara, de Breck Eisner, ou en cours, comme les Dix Commandements, un remake signé Robert Dornhelm du film du même nom. Un retour qui reste, nous informe une source proche du dossier, conditionné par des raisons purement économiques. Des multiples avantages qu’offre le plateau marocain, (lumière, paysages…), les réalisateurs étrangers semblent désormais privilégiés celui du faible coût. « Il y a même, parmi les gens intéressés par des tournages au Maroc, qui essayent de marchander, de tout négocier. Parfois, cela marche», déclare la source précitée.
Si une telle démarche réussit, c’est parce que, à côté, plusieurs pays se sont également positionnés sur ce créneau. Les plus à craindre ne sont autres que la Tunisie, la Turquie, Malte et, là encore, l’Afrique du Sud. Une concurrence ressentie depuis toujours, mais qui, maintenant et plus que jamais, requiert la plus ferme vigilance et le développement d’arguments plus solides.

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