Abdelhay Mellakh: L’empreinte du territoire imaginaire

Abdelhay Mellakh: L’empreinte du  territoire imaginaire

Un projet très ambitieux avec une rétrospective et une exposition de grande envergure prévue avant la fin de l’année 2014. C’est l’occasion de revenir sur le travail de l’un des artistes les plus emblématiques de sa génération, un nom qui fait figure de pionnier. Pour ceux qui connaissent très bien ce grand visage de la peinture marocaine, l’imaginaire d’Abdelhay Mellakh a été nourri aux sources de l’art et des artisans à Marrakech.

Dans les ruelles ombragées, dans les venelles grouillantes de vie, aux rythmes des ouvrages in progress, dans les échoppes, sous un perron,  à même le sol… il a côtoyé tous les types d’artistes possibles. Tous des amoureux du travail, des créateurs qui façonnent les tissus, tordent les métaux, travaillent des costumes, enfilent des perles, découpent le cuir, donnent vie et corps à leurs idées.

C’est là, tout jeune qu’il a été marqué par la complexité du labeur des autres. C’est à ce moment précis de sa vie qu’il a su qu’il devait répondre à cet appel interne : celui de créer pour vivre. Camus disait dans le Mythe de Sisyphe, «créer, c’est vivre deux fois». Abdelhay Mellakh en a fait son crédo. Il faut observer, suivre les mouvements, sentir la passion derrière chaque geste. D’ailleurs, quand on parle aujourd’hui à Abdelhay  Mellakh de cette période, on sent cette pointe de nostalgie pour l’enfant qu’il était, sillonnant les ruelles derrière la place Jamaa El Fna.

Souvenirs immuables grandis au contact du monde, nourris par les voyages, avec toujours cette constance, l’appel de Marrakech, de la vie dans ce qu’elle a de plus simple, pour se ressourcer. Quand on se penche de plus près sur les travaux de Mellakh, on retrouve des pans entiers de ce passé. Des lignes, des traits, des couleurs, quelques suggestions, certes éparses, mais  qui attestent de la place qu’occupe toujours l’enfance dans l’œuvre du peintre. La peinture d’Abdelhay Mellakh est novatrice à ce propos. Bien avant l’heure, avant les modes successives sur les signes et leurs signifiances, le plasticien avait sorti les formes de leurs contextes régionaux et territoriaux, pour leur donner une teinte d’universalité.

Ce que l’on touche du regard chez le peintre n’est pas ancré dans le paysage marocain, pas plus qu’il n’est que la représentation d’un terroir avec ses particularités. Au contraire, cette maîtrise de son outil et cette lecture des ramifications de son passé et de ses héritages font que la peinture de Mellakh voyage à travers les autres cultures. Elle entre en collision avec d’autres géographies humaines, apporte un nouveau regard sur ce legs commun propre à l’humanité.  C’est là que réside la dimension humaine du peintre. Il est à la fois dans tous les ailleurs. Il crée et recrée le monde en diverses strates, gorgées des teintes et des lumières d’autres apports humains. Quand il expose à l’étranger le peintre est  toujours  en phase avec les différents publics qu’il rencontre. Avec toujours ce leitmotiv : «Ce travail peut bien être de chez nous».

Eh oui, c’est un travail de chez nous et de chez tous les autres, parce qu’il s’adresse à l’humain dans sa dimension première qui est le besoin de s’ouvrir sur la diversité du monde. Ceci Abdelhay Mellakh l’a bien saisi. Faire de l’art c’est faire éclater les frontières. Rien de tel alors que de faire exploser les couleurs, leur donner de nouvelles missions, les travailler selon de nouvelles approches qui ouvrent leur champ de possibilités.

Les formes aussi passent au crible de la diversification. Entre essais, expérimentations, passage d’un état créatif à un autre, Abdelhay Mellakh offre une vision kaléidoscopique de sa vision du monde. Un univers  de signes et de lumières où le Maroc fait éclater toute sa gamme de nuances.

 

En 3 dates

1947: Naissance le 1er janvier à Marrakech.  

1970: Expose à la Galerie CCF à Marrakech.

2010: Expose à la Galerie Vintage à Paris.

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