Abdellah Baïda : « Faire d’un presque rien un monde romanesque »

Abdellah Baïda : « Faire d’un presque rien un monde romanesque »

ALM : Un projet de roman après «Le Dernier Salto»?

Abdellah Baïda : J’avais noté et conservé plusieurs sujets de roman avant la publication du Dernier Salto. Dès la sortie de ce roman, j’ai opté pour un autre sujet qui me passionne le plus et j’ai commencé des recherches et la prise de notes. Je suis actuellement en phase de rédaction avec un rythme assez soutenu; j’écris chaque jour. Je préfère toutefois ne pas évoquer pour le moment le sujet du roman, on en reparle à sa sortie soit à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine. Deux ans de travail pour un roman me paraissent une bonne moyenne.   

Pour revenir à votre dernière œuvre, le récit se glisse dans la peau d’un roman contenant des éléments autobiographiques. Comment expliquez-vous cette démarche ?

«Le Dernier Salto» est un roman. Il contient peut-être quelques composantes qui proviennent de mon parcours ou de la réalité que j’ai croisée mais ce sont des ingrédients que le moule du récit transforme pour en faire une œuvre littéraire. C’est pour cette raison que je suis convaincu que l’intérêt d’un roman n’est pas dans le réel qu’il accueille mais dans sa construction et l’agencement des mots qui sont sa matière première. Au lieu de réduire le monde à un roman, je préfère faire d’un presque rien un monde romanesque.
 
Mais à un moment, vous donnez l’impression au lecteur que le personnage de Mohamed c’est vous. Est-ce voulu alors ?

Ceci pourrait s’expliquer par le jeu sur les possibles narratifs que j’adopte dans ce roman, tantôt le récit est à la troisième personne, tantôt c’est à la première personne. Cette dernière option donne l’impression au lecteur que le protagoniste et l’auteur ne sont qu’une même personne. Par ailleurs, il est aussi possible de dire que mon personnage est un peu moi-même. Quand j’écris, je me confonds avec mes personnages et la barrière entre la fiction et la réalité s’estompe parfois. Je dis parfois parce que c’est un exercice assez difficile et ce n’est pas toujours facile d’être totalement dans cet autre univers, celui de la fiction.

Et pourquoi un dernier salto ?

Concernant le choix de l’expression «dernier salto» en guise de titre pour le roman, c’est en rapport avec le protagoniste du roman : dans le premier chapitre, au dernier moment de sa vie, Mohamed réalise enfin ce grand rêve de sa vie qui consiste à réaliser ce saut périlleux. En même temps se déclenche un saut dans la mémoire et nous suivons alors un ensemble de péripéties vécues par le héros ou par des personnages qu’il avait croisés au cours de son existence. Tous les épisodes renvoient d’une manière ou d’une autre au salto avec ses trois moments phares : montée, rotation, réception.  

Comment expliquez-vous les jeux de noms à l’instar de Louad Faroui ?

Les jeux de mots en général sont parmi les techniques que j’ai adoptées dans ce roman. Ils créent parfois un effet de surprise, parfois un effet comique, comme ils donnent à réfléchir. Ce jeu de mots a également été appliqué à certains noms, c’est le cas de l’exemple que vous avez relevé. Ici, il s’agit bien sûr d’un clin d’œil à un de nos écrivains bien connu et que j’apprécie beaucoup. Dans le roman, un écrivain raté est jaloux de la réussite de Louad Faroui. Tout lecteur qui connaît même un tout petit peu le paysage littéraire marocain saura que c’est un clin d’œil à Fouad Laroui. Mais comme nous sommes dans le cadre de la fiction, j’ai modifié le nom. Cette modification m’accorde alors le droit de métamorphoser le dénommé en un personnage, le narrateur en fait ce qu’il veut. Il n’est plus question de la personne que nous connaissons. C’est cela la magie des mots !

D’où puisez-vous votre sens de l’humour?

C’est un roman qui m’a donné du fil à retordre mais en même temps il m’a procuré beaucoup de plaisir. Ce plaisir est accentué dans les moments où s’exprime l’humour dans le texte. Ce sont des instants de plaisir que j’aimerais partager avec le lecteur. Les situations abordées avec humour sont soit des situations inspirées par des moments vécus, soit totalement imaginaires. La fiction permet de tourner en dérision même les événements les plus tragiques et ils gardent toute leur force d’évocation. Toutefois, l’humour est à manier avec prudence et intelligence, être plutôt dans le suggestif que dans le direct. Une œuvre littéraire, pour moi, ne doit pas s’apparenter à la blague ou au sketch.
 

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