Abdellatif Laâbi : «Je ne suis pas un politicien, mais un écrivain qui essaie de réfléchir sur les problèmes de la société»

Abdellatif Laâbi : «Je ne suis pas un politicien, mais un écrivain qui essaie de réfléchir sur les problèmes  de la société»

ALM : Que représente pour vous le thème de cette conférence organisée par l’Association Imam Al Assili autour de la culture marocaine ?  
Abdellatif Laâbi : C’est un thème central dans mes préoccupations à la fois d’écrivain et d’intellectuel citoyen. J’ai pris, ces derrières années, un certain nombre d’initiatives,  j’ai lancé notamment l’idée d’un pacte national pour la culture avec un certain nombre de propositions, et ce pour sortir la culture de l’état de léthargie où elle se trouve aujourd’hui. D’ailleurs, l’Association Imam Al Assili qui m’a invité pour animer cette rencontre a toujours eu les mêmes préoccupations que moi ; nous sommes donc tous intéressés par le dialogue et l’échange d’idées autour de ce thème. J’étais impressionné par le niveau des interventions et la qualité du questionnement des différents intervenants. La culture est un combat, je ne conçois pas le décollage démocratique dans notre pays sans un projet démocratique digne de ce nom qui établit l’Etat de droit, répare les injustices sociales et construit aussi l’avenir pour les générations futures.

Quel est le rôle des intellectuels et créateurs dans la réalisation du nouveau projet culturel que vous avez présenté lors de cette rencontre ?
Comment voulez-vous qu’une culture fonctionne s’il n’y a pas de bibliothèques publiques, des maisons de culture, des musées et des conservatoires de musique… Nous manquons cruellement de ces relais qui sont indispensables, où un créateur peut rencontrer son public. Il ne peut pas exister par rapport à ses concitoyens, si à l’école, depuis la maternelle jusqu’à l’université, sa pensée et ses créations ne sont pas étudiées et ne sont pas présentes dans les programmes. Mais malgré ses carences et ses difficultés, la culture vivante existe bel et bien au Maroc. Ce sont des initiatives qui sont souvent individuelles des créateurs jeunes et moins jeunes. Lesquels essaient avec les moyens du bord de faire avancer les choses.

Vous avez parlé lors de cette rencontre de la nécessité de la préservation de notre mémoire culturelle par la création des fondations…
Il faut préciser qu’il y a eu quelques initiatives personnelles pour la création des fondations portant des noms d’écrivains dont Edmond El Maleh et Mohamed Choukri. Là encore c’est une responsabilité de l’Etat, mais des mécènes peuvent aussi se mettre dans ce projet de la préservation de notre mémoire culturelle. Il faudrait qu’il y ait une institution nationale pour préserver cette mémoire dans les meilleures conditions. Cela fait maintenant plusieurs décennies que je propose, mais la plupart de mes propositions n’ont pas été entendues. Je compte créer une fondation pour la culture qui portera mon nom. Parmi les objectifs de cette fondation le rayonnement de la culture marocaine dans le monde et faire venir l’intelligence universelle vers nous.

Pourquoi ne pensez-vous pas à relancer votre ancienne revue «Souffles» ?
«Souffles» est une revue liée à une époque déterminée de notre histoire. Ça n’a aucun sens maintenant de refaire la même chose. Personnellement, j’insiste sur le fait que chaque génération doit assumer sa responsabilité, s’accomplir et nous proposer du nouveau. Ma génération a fait son devoir en réalisant un certain nombre d’objectifs. Mais maintenant je me suis assuré la pérennité de «Souffles», puisque j’ai signé un accord avec la Bibliothèque nationale pour que la revue soit mise en ligne. L’intégralité de cette revue est consultable en deux versions française et arabe sur son site web. Je rêve maintenant d’autres souffles venant des générations montantes.

Pouvez-vous nous parler du nouveau livre que vous êtes en train de rédiger sur votre expérience personnelle ?
Je suis en train de travailler sur un essai portant sur les volets de mes préoccupations permanentes à la fois politique, à savoir le projet démocratique tel que je le conçois, et d’autre part la place centrale que la culture occupait dans ce projet. Je parle dans cet essai de l’indépendance jusqu’à nos jours pour essayer de comprendre pourquoi nous nous trouvons dans ce que j’estime comme une impasse à la fois politique et culturelle. Et puis de dégager éventuellement quelques pistes pour nous sortir de cette impasse. Je voudrais aussi faire partager à mes concitoyens à la fois mes interrogations personnelles, mes doutes, mes inquiétudes, bref me présenter tel que je suis. Je ne suis pas un politicien, mais un écrivain qui essaie de réfléchir sur les problèmes de la société, sur la politique…

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *