Abdellatif Lasri : «C’est l’être humain dans sa modernité qui m’inspire»

Abdellatif Lasri : «C’est l’être humain dans sa modernité qui m’inspire»


Pouvez-vous nous présenter les œuvres de l’exposition ?
Abdellatif Lasri : Cette exposition constitue  le fruit de trois ans de travail. On y trouve des tableaux récents en monochromes, et d’autres représentant des figures un travail entre le portrait et le masque africain. Il y a aussi des toiles où j’aborde des aspect d’architecture à travers des œuvres contenant des cases et des travaux anciens datant de 2002. 

Qu’est-ce qui vous inspire ?
C’est le monde tel que je le vois qui m’intéresse. Je n’ai pas de message à transmettre. Je veux être un témoin de mon époque. C’est l’être humain qui, dans sa modernité, m’inspire, y compris avec tous ses défauts. La ville foisonnante dans sa vie (bruits de la ville, la pollution sonore, les affiches publicitaires…) m’intéresse. On retrouve la lumière et les couleurs chaudes du Maroc, notamment dans mes oeuvres monochromes entre autres. Je garde la lumière du Maroc dans ma mémoire. La ville de Paris où je travaille est toujours grise.

Quelle est votre démarche ?
Je travaille avec une spatule. J’aime bien le travail de la texture, de la matière. Je ne donne jamais de titre à mes tableaux pour que chacun les interprète à sa manière. Par exemple, des fois dans mes toiles de cases, on peut apparenter ses silhouettes qui habitent chaque case du tableau à de la calligraphie des lettres japonaises. Dans ce travail, je peins des immeubles auxquels j’enlève la façade. Reste alors une sorte de fenêtres ou des cases qui constituent des séquences de vie. J’essaie de raconter dans chaque case une histoire. On est tous, plus au moins casés, soit socialement, soit dans la tête. Si on enlève nos façades, en tant qu’êtres humains, on a les mêmes traits.

Et qu’en est-il des oeuvres qui évoquent des masques et des figures ?
En dehors des étiquettes, les êtres humains qu’ils soient noirs, blancs ou jaunes… se ressemblent tous. C’est ce que je fais dans ces toiles: j’enlève ce côté d’esthétique et superficiel et je laisse le masque ou le visage brut. J’avais fait la première exposition où on voyait des masques en 1996 à la galerie ABC. Les masques me fascinent.

Comment avez-vous évolué au cours des 25 ans votre carrière ?
On évolue tous les jours. J’ai un regard qui n’a rien avoir avec celui du début de ma carrière en 1983. Au fond, il y a toujours la même angoisse. J’ai monté plusieurs expositions et avant le début de chacune et notamment celle-ci, j’ai le même trac. Le jour où je ne serais plus angoissé, je ferais autre chose. Mais il faut dire que c’est une angoisse dont j’arrive de plus en plus à canaliser l’énergie. Fini le temps où je devais charger mes toiles à tout prix et où il y avait cette rage de jeunesse. On dit
qu’«il faut à un peintre 30 ans de carrière : 10 de galère, 10 de travail et 10 ans pour qu’il se retrouve» et c’est ce que je vis. Il faut durer dans ce métier. On peut avoir du succès aujourd’hui mais, si l’on n’évolue pas, on est vite oublié.

On inscrit vos œuvres dans l’école abstraite expressionniste. Est-ce un choix ?
Ce n’est pas un choix, c’est une évolution. J’ai commencé par le figuratif. C’était une étape basique qui faisait partie de ma formation et que je devais dépasser pour retrouver mon propre mode d’expression. Il fallait que j’exprime tout ce que je ressens. Je voulais m’extraire de toute influence (culturelle ou pédagogique). J’aime que mon travail et mon geste soient libres. C’est l’innocence du geste qui m’intéresse. Je ne donne pas une étiquette à chaque geste. Je mélange les styles. Je veux être moi-même. Il y a une quête de liberté là-dedans, de dépassement des «cases» et des frontières.

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