Abdellatif Nassib El Messnaoui : «Je suis le plus heureux des artistes»

Abdellatif Nassib El Messnaoui : «Je suis le plus heureux des artistes»

ALM : Une année après votre nomination en tête du théâtre national, quel est le bilan de vos réalisations?
Abdellatif Nassib El Messnaoui : C’est un peu tôt de parler des réalisations. Certes, on a pu réaliser quelques résultats mais on a ouvert plusieurs chantiers. L’année 2007 (réellement seulement 9 mois) a été plutôt consacrée au diagnostic et l’étude des possibilités et les potentialités de l’établissement ce qui nous a permis d’avoir un plan d’action adéquat avec les moyens humains et financiers disponibles et qui se base sur des données réelles. Je vous invite à venir au théâtre et suivre le programme et vous allez constater vous-même ces changements et ces réalisations. Nos premiers résultats sont déjà là.

Dans votre plan d’action, vous avez parlé de la construction d’un café théâtre, où en est ce projet?
Le café théâtre est presque en phase de finition mais ce qui a un peu tardé l’ouverture de ce dernier est notre souci de réaliser ce projet dans de bonnes conditions. Nous voulons qu’il soit un lieu de référence dans son genre en matière de service, de gestion et d’animation et non pas un simple café littéraire comme il a été conçu par l’ex-direction. Je vois mal un café littéraire dans un théâtre?!!! Les cafés littéraires existent maintenant partout et nous ne sommes pas censé reproduire ce que font les autres. Nous sommes un théâtre de spectacles vivants et non pas une association culturelle ou littéraire et non plus une université ou une faculté des lettres humaines. Ces lieux se sont les espaces légitimes d’un café littéraire et plusieurs initiatives existent et ils remplissent leurs missions.

Quel état faites-vous sur l’infrastructure du théâtre Mohammed V notamment concernant la machinerie et l’équipement du théâtre?
A vrai dire, ce sont en cours de dégradation absolue. La machine est très usée. Elle date depuis 48 ans. Les équipements techniques Son et lumières sont dépassés et limités. Nous ne disposons que d’une soixantaine de projecteurs de base. Nous sommes loin de satisfaire les exigences des nouvelles techniques de scène et de spectacle. Les organisateurs des activités artistiques au théâtre et nous-mêmes, nous sous-traitons souvent  pour combler ce manque. Malgré une acquisition partielle récente d’un nouveau matériel de son, nous ne sommes pas à jour par rapport au développement technologique et nous sommes toujours en défaut périlleux.  Au sujet du matériel de projection cinéma, le théâtre ne dispose pas du mécanisme de lecture son en DTS Dolby.

Pourquoi cette dégradation et quelles sont les mesures entreprises dans ce sens pour résoudre ces problèmes ?
Plusieurs raisons et notamment l’insuffisance des fonds alloués au théâtre ; l’absence de la subvention de l’Etat en matière d’Investissement depuis 2004 ;  manque d’une politique d’entretien, d’amortissement et de gestion rationnelle ; l’utilisation machinale et usage gratuit des moyens techniques du Théâtre et l’inscription de ces soucis parmi les dernières priorités. Moi, je suis un artiste et je suis très sensible par rapport à ces problèmes techniques. Ils sont dans notre principale priorité pour l’année 2008. Et d’ailleurs, nous avons eu une subvention de 5 000 000 DH pour le renouvellement de la machinerie à cause de son état dramatique et grâce au soutien du premier ministre, la ministre de la Culture et le ministre de l’Economie et des Finances que je les remercie beaucoup à cette occasion pour leur soutien. Et grâce à d’autres partenaires privés comme Maroc Telecom, Hit radio et autres, on a pu économiser sur des rubriques du budget pour  les investir en achat du matériel technique d’éclairage et son et en matériel informatique.

On remarque une diversification du programme du théâtre, est-ce qu’on peut dire qu’elle s’inscrit dans une nouvelle dynamique que vous comptez insuffler à cette institution?
Je préfère dire une nouvelle vision de programmation et de gestion. Le théâtre national Mohammed V a été toujours un grand établissement de référence culturelle au Maroc. Il est très sollicité par les organisateurs d’événements artistiques publics et privés et par les associations culturelles  et les ambassades et les délégations étrangères. On peut remplir le programme du théâtre sans aucun effort de la part de la direction mais nous avons choisi de travailler avec un plan d’action avec des objectifs, des critères de programmation, de production et d’évaluation, des choix esthétiques, des priorités, des prévisions, des initiatives de partenariat, des plans de communication, de relations publiques et surtout avec beaucoup de responsabilité, d’ambition et toujours rester à l’écoute de l’autre sans aucune discrimination.

Est-ce que vous ne croyez pas que ce poste administratif ne va pas influencer sur votre carrière artistique?
Ce n’est pas un poste administratif. C’est un poste particulier pour moi. Je suis dans mon monde, je fais ce que j’aime et j’aide les autres à le faire.
Vous savez, la vraie récompense de l’artiste ce n’est pas son cachet à la fin de sa représentation mais c’est la chaleur du public venant de la salle, ses félicitations et ses applaudissements. Moi, je les reçois chaque jour. Donc, je suis le plus heureux des artistes.

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