Ahmed Abbadi : «En ce mois, nous apprenons à dire non»

Ahmed Abbadi : «En ce mois, nous apprenons à dire non»

Quelle est la particularité du mois de Ramadan et du jeûne par rapport aux autres precepts de l’Islam ?
Ahmed Abbadi : Le jeûne est un entraînement annule qui développe chez nous la capacité de dire « Non ». Nous apprenons à dire non à la nourriture, à nos penchants et à toutes ces choses et actes qui sont interdits en ce mois. Cette capacité est des plus précieuses. Il existe aujourd’hui dans le monde occidental et ailleurs des centres spéciaux qui apprennent aux gens à dire non. Ce mois est donc un coaching annuel d’autant que c’est un entraînement collectif, ce qui le rend plus facile et plus agréable.
C’est un mois de méditation et de cogitation, il nous rappelle notre condition humaine. Il nous rappelle que nous ne sommes pas seulement matière mais aussi esprit. La majorité des gens sont fâchés avec eux-mêmes et ce mois est une occasion pour se retrouver avec soi. C’est une obligation de réconciliation avec soi.
Lorsque nous méditons, nous revenons à nos racines, aux racines de notre civilisation musulmane. Car, étymologiquement, Ramadan rappelle, «Ramdae» qui signifie en arabe « le désert». C’est justement dans une région déserte et désertique qu’est né l’Islam, c’est dans un vallon où il n’y a ni eau ni végétation qu’Ibrahim est allé poser les bases de cette civilisation. Cela nous rappelle que la notion de l’impossible n’existe guère. Car cette civilisation est née dans un lieu où il était impossible de fonder quoi que ce soit. Et Ramadan nous apprend à rejeter cette notion de l’impossible.
Ce mois nous rappelle également la condition des pauvres, il nous rapproche de la condition des plus démunis parmi nous. Suivant le Hadith «J’ai été ordonné d’aimer les pauvres et de me rapprocher d’eux». Le jeûne nous rapproche des pauvres non seulement sur le plan matériel mais aussi sur le plan spirituel. Ramadan est aussi le mois du Saint Coran, c’est le rappel de la révélation qui est la source de cette civilisation fondée sur le texte. On revient vers la lumière, vers notre source.

Quelles sont les actions les plus recommandées en ce mois sacré ?
Il est recommandé d’essayer de se trouver un espace-temps pour revenir à soi, consacrer un peu de son temps à la cogitation, la réflexion, la méditation et le Dhikr. Il est recommandé d’apprendre à sentir ce que ressentent les pauvres, de se rapprocher d’eux matériellement et spirituellement. Il est recommandé de relire le texte du Coran non pas littéralement, d’une manière mnémonique et mécanique mais en y réfléchissant en méditant le texte et la beauté qu’il contient. Il est également recommandé de rester zen, calme et patient.

Que dire de ces gens, de plus en plus nombreux, qui négligent ou délaissent leur travail pour se consacrer à la prière et l’invocation de Dieu ?
L’une des formes les plus recommandées de l’invocation de Dieu est le travail. Les accomplissements les meilleurs de toute l’histoire musulmane ont eu lieu pendant le mois de Ramadan.  Ce que fait la majorité des gens aujourd’hui au nom du Ramadan est une paresse spirituelle. Ils se cachent derrière la sacralité de ce mois pour se complaire dans la paresse.

Existe-t-il des spécificités marocaines par rapport à ce mois ?
Il y en a plusieurs. Il s’agit d’abord de cette tradition des visites des proches qui s’accentuent en ce mois de Ramadan et qui est une forme de renforcement de la cohésion sociale.
Les Marocains se distinguent également par leur tradition culinaire spécifique à ce mois, par ses arômes et ses odeurs. Les Marocains, contrairement à d’autres sociétés musulmanes affectionnent particulièrement les veillées de Madih et de Samaâ et du Dhikr.
Mais l’une des particularités les plus importantes du Maroc pendant ce mois sacré reste les causeries religieuses, une tradition qui date de l’époque des Almouhades et qui a été réhabilitée par feu SM Hassan II. Un rendez-vous annule et une spécificité marocaine par excellence.
Une autre spécificité du Maroc, qui n’existe pas dans d’autres sociétés, est celle de son approche vis-à-vis de ce mois qui est non seulement de majesté mais aussi de beauté. Ce qui explique les veillées de l’invocation de Dieu.

Pourquoi n’y a-t-il pas unanimité de tous les pays musulmans quant à la fixation du jour de début et de la fin de ce mois ?
Il existe deux facteurs qui expliquent cette différence l’un physique et l’autre administratif.
Sur le plan astrophysique, chaque zone de la terre correspond à une position particulière des étoiles et par delà de la lune.
Sur le plan de l’organisation administrative, cela dépend de la manière avec laquelle on pratique cette organisation dans chaque pays. Dans certains pays, la détermination du 1er et du dernier jour du Ramadan se base sur l’observation, dans d’autres sur le calcul. Au Maroc nous nous basons sur les deux, le calcul et l’observation physique. C’est d’ailleurs l’une des méthodes les plus certifiées.

Que dire de ceux qui vivent parmi nous et préfèrent commencer et finir le mois en même temps que d’autres pays, en décalage avec le Maroc ?
On peut appeler cela une forme d’excommunication. C’est d’aller à l’encontre du hadith qui recommande de  jeûner à la vue du croissant et rompre le jeûne à sa vue. Et la vision se fait à l’endroit où l’on se trouve et où l’on peut vraiment voir le croissant. Il y a des gens qui ont une interprétation différente de ce hadith et qui estiment ce n’est pas nécessaire de la voir là où l’on se trouve. Ils sont dans le tort, ils ne sont pas conscients de ce qu’ils font. C’est une conduite à ne pas observer.

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