Ahmed Boukous : «L’enseignement de l’amazigh a réalisé des avancées importantes»

Ahmed Boukous : «L’enseignement de l’amazigh a réalisé des avancées importantes»

ALM : Quel objectif avez-vous assigné au Prix de la culture amazighe ?
Ahmed Boukous : L’Ircam a décidé d’organiser le Prix de la culture amazighe en se référant à un article de son règlement intérieur, qui permet et offre cette possibilité.  Ainsi trois prix seront décernés dans chacune des catégories de cette manifestation notamment la création littéraire écrite en tifinaghe, pensée et recherche, traduction, éducation et enseignement, information et communication audiovisuelle. Il y a également le prix du manuscrit amazigh et le prix des arts amazighs. Ce dernier comprend les catégories : chanson traditionnelle, chanson moderne et chanson de film. L’objectif de ce prix est de créer les conditions objectives à la promotion de la culture  amazighe notamment en aidant financièrement chercheurs, journalistes, artistes et créateurs… Et pour cela l’Ircam a débloqué 2 millions DH.
 
L’organisation de ce prix fait partie de la stratégie de revalorisation de l’amazighité. Quels sont les autres contours de cette stratégie ?
Nous encourageons par voie contractuelle des scientifiques non affiliés à l’Ircam à effectuer dans des conditions optimales des recherches dans  le domaine de l’amazighité pour le compte de l’Ircam, seule institution au Maroc à apporter ce genre d’aide financier. Nous soutenons également les associations culturelles qui travaillent dans le domaine de la culture amazighe. Au titre de l’année 2008, quelque 250 associations ont présenté à l’Ircam leurs projets culturels (colonies de vacances dans des régions enclavées, formations en langue amazighe, festivals, séminaires…). Un budget de 6 millions DH a été alloué à ces opérations. 

Le volet culturel est-il le principal champ d’activité de l’Ircam ?
Le Dahir dit expressément que la mission principale de l’Ircam est la  sauvegarde et la revalorisation des aspects culturels matériels et immatériels amazighs. À côté de sa mission culturelle, l’Ircam a aussi une mission d’instance consultative auprès de SM le Roi. Nous travaillons aussi en collaboration avec les institutions gouvernementales notamment les ministères de la Culture, de l’Enseignement et de la Communication. Et cela pour que toutes les mesures prises dans ces domaines soient traduites sur le terrain.

L’Ircam fêtera bientôt le 7ème anniversaire du discours Royal d’Ajdir créant et organisant cette institution. Quels sont les objectifs atteints depuis cette date ?
On a réalisé un certain nombre d’objectifs. Sur le plan psychologique, la culture amazighe a été reconnue comme composante essentielle de l’identité nationale. Composante dont il faut être fier et qu’il convient de préserver et de promouvoir. Sur le plan politique, cela vise à consolider l’identité nationale et à assumer la cohésion de celle-ci. On peut noter plusieurs avancées importantes. En cinq ans, le nombre d’écoles où est enseignée la langue amazighe a atteint 10.000 écoles au profit de quelque 300.000 élèves. Au niveau des études supérieures, des filières et masters en amazigh ont été mis en place dans des universités d’Oujda, Fès, Agadir et Tétouan. Cela  va permettre de former des cadres supérieurs qui pourront à leur tour participer à la formation d’enseignants aux niveaux secondaire et  supérieur ou travailler dans la traduction, les médias, le tourisme ou encore dans des départements économiques et sociaux où il y a des lacunes à combler… Dans ce sens, la langue amazighe devient un atout pour insérer les jeunes dans le monde du travail. Également depuis 2004 on voit de plus en plus de programmes culturels en langue amazighe dans le paysage médiatique marocain. Il y a également des avancées considérables dans la recherche notamment dans le domaine de l’histoire, la sociologie, la pédagogie… Ainsi en l’espace de cinq ans, l’Ircam a contribué à éditer quelque 150 publications.

Quelles sont les difficultés que rencontre votre institution pour atteindre ses objectifs ?
Nous considérons que le bilan de l’Ircam est positif. Nous sommes confrontés à certaines difficultés d’ordre technique. Par exemple pour l’enseignement, le ministère concerné devrait prendre en charge la formation d’enseignant de langue amazighe notamment au niveau des AREF (Académie régionale d’enseignement fondamental). L’enseignement de cette langue n’est pas encore intégré au point de vue juridique au niveau du ministère de l’Enseignement. Ce dernier manque de structure adéquate pour le suivi pédagogique et d’encadrement des enseignants de la langue amazighe existants. Ceux-là sont exclusivement des enseignants d’autres matières qui  ont  bénéficié de formations continues pour être opérationnels.  
L’introduction de l’amazighe dans le paysage audiovisuel rencontre également des difficultés. Le cahier des charges de la SNRT et de la HACA n’a pas été parfaitement respecté. Le lancement de la chaîne amazighe a été également entravé. L’Ircam est pour la protection de la culture et de la langue amazighes au niveau de la Constitution marocaine. Et cette question est en rapport avec la réforme de la Constitution. Mesure politique dont la résolution devrait se faire dans le consensus entre l’Etat, les partis politiques, la société civile et le citoyen.
Mais l’Ircam ne peut pas tout exiger à court terme. Il faut comprendre qu’il y a des contraintes. Ainsi nous nous plaçons dans une vision nationale où l’amazighité s’intègre naturellement, et travaillons pour cela, en parfaite entente avec les institutions publiques et dans un esprit de solidarité.

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