Ahmed Zaki, d’une angoisse l’autre

Ahmed Zaki, d’une angoisse l’autre

L’acteur le plus social et le plus estimé d’Egypte et du monde arabe est gravement malade. Victime d’un cancer, Ahmed Zaki a été hospitalisé, il y a quelques jours, au Caire avant d’être transféré en France pour subir une opération et suivre des soins intensifs. En guise de reconnaissance, car il faut le dire, l’Etat égyptien a tout pris en charge pour sauver son artiste. Reconnaissance c’est la moindre des choses que l’on doit à cette grande star du nouveau cinéma égyptien des années 80. Acteur engagé depuis ses premiers pas dans le cinéma, Ahmed Zaki est resté, tout au long de sa brillante carrière, fidèle à ses convictions sociales, mais aussi politiques. Il suffit de voire les rôles qu’il a incarnés dans le monde du 7e art pour avoir une idée sur la personnalité de cet artiste. Connu par ses choix sélectifs des films, Ahmed Zaki est de ceux qui s’intéressent beaucoup plus au fond qu’à la forme du scénario. Ses sujets préférés : tout ce qui est en rapport pour le devoir citoyen.
Dans les milieux cinématographiques et artistiques égyptiens, il est considéré comme l’un des acteurs qui savent le mieux vivre les préoccupations quotidiennes des Egyptiens, en particulier, et des Arabes en général. Son visage si expressif a fait de lui l’un des acteurs qui interprètent, avec beaucoup de talent, les rôles dramatiques. Car derrière son visage se cachent souvent l’angoisse, l’amertume, la tristesse, la mélancolie et le mépris. Ahmed Zaki aime ses rôles là. Car Il s’y retrouve. Lui qui est issu d’un milieu pauvre. Lui qui a toujours rêvé d’un monde meilleur sans injustice sociale. Mais Ahmed Zaki c’est aussi un grand comédien. Et il l’a montré à plusieurs reprises.
Qui d’entre nous ne connaît pas la célèbre pièce théâtrale « Madrassat Al mouchaghibines », aux côtés des autres vedettes du cinéma égyptien Adel Imam, Younès Chalabi et Said Saleh. Des films, Ahmed Zaki en a fait une dizaine depuis le début de sa carrière professionnelle. « T’air ala tariq » reste l’une de ses meilleures interprétations. Un film dans lequel il incarne le rôle d’un chauffeur de taxi qui, après avoir vécu une histoire d’amour, décide en suite de s’acharner contre la vie. Il a aussi travaillé au côté du grand réalisateur égyptien A. Tayeb dans « Al Bari ». Un paysan, devenu militaire, et qui travaille dans une caserne où sont détenus des prisonniers politiques. Un monde nouveau pour ce jeune venu de la campagne, qui ne connaît rien dans la politique. Mais aussi une grande responsabilité qu’il finira par mal assumer en tuant l’un d’eux. Ce n’est qu’après qu’il réalisera ce qu’est c’est un détenu politique. Autres oeuvres artistiques célèbres d’Ahmed Zaki, et pas les moindres : « O’youn la tanam », «Ana la akdeb lakin atajamal », «Al Bey albaouab », « Ahlam hind wa Kamilia », des films qui parlent essentiellement des problèmes d’injustice et d’inégalités sociales.
La personnalité d’Ahmed Zaki s’est forgée, il y a bien longtemps. Dès son plus jeune âge. En fait, il fait partie de cette génération d’acteurs égyptiens qui, durant les années 60 et 70, ont vécu une expérience un peu particulière. Celle d’avoir vécu âme et corps le nationalisme égyptien et arabe. Une période qui l’a marqué à jamais. D’ailleurs, dans tous les rôles qu’il a joués, ou presque, il y avait toujours un certain chauvinisme et une vision critique de la société. Aujourd’hui, il est le seul acteur égyptien et arabe à avoir interprété le rôle de Jamal Abdennasser et, puis par la suite, celui d’Anouar Saddat. Deux grands leaders politiques égyptiens et arabes. Et si on l’a choisi pour interpréter ces deux rôles ce n’est pas seulement par ce qu’il y a un air de ressemblance entre les trois personnages, mais aussi par ce qu’il y a le côté charismatique et artistique d’Ahmed Zaki. Ces deux grands films lui ont valu plusieurs prix et consécrations aussi bien sur la scène artistique nationale qu’internationale.
Ils couronnent un parcours hors-pair et constituent l’apogée d’un acteur qui a beaucoup donné et qui fait partie, aujourd’hui, de ce cercle très restreint des grands du nouveau cinéma égyptien.

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