Ahwach a fait vibrer Ouarzazate

Blanche comme un champ de lys. La place Taourirt, le cœur battant d’Ouarzazate, avait en ce mémorable vendredi après-midi, l’apparence de mariée. Hommes et femmes, tout de blanc vêtus, accroupis ou adossés contre le rempart de l’ex-casbah de Glaoui, avaient donné cette première impression. Arrivés en groupes, de différentes régions du sud marocain, ces hommes et femmes étaient venus pour un rendez-vous jusqu’ici inédit : 1er Festival d’Ahwach. La ville des milles casbahs a étalé ce 25 septembre ses plus beaux tapis berbères pour accueillir ce festival. A 18 heures moins quart, au moment où le soleil s’apprêtait à s’abîmer au milieu des magnifiques vallées qui se profilaient à l’horizon, un étrange son remplit les airs. Des hommes en kaki émergent au milieu d’une foule impressionnante.
La fanfare des Forces auxiliaires résonne des rythmes de l’hymne national. A l’autre bout de la casbah de Taourirt, des nuées d’hommes et de femmes en blanc donnent la réplique. 18 troupes d’Ahwach devaient se retrouver sur la place de Taourirt, après avoir défilé tout au long du boulevard Mohammed V. Aux premiers rangs, des enfants ! Ce sont les futures vedettes d’Ahwach qui devaient conduire les 18 troupes issues de Chtouka Aït Baha (Ahwach Ajmak), d’Essaouira (Ahwach Awaad), Tata (Ahwach Tissente), Chichaoua (Ahwach Imintanout et Tiskiouine), Taroudant (Ahwach Aglagale), Inezgane (Rwaïss), Laâyoune (El Gadra), Azilal (Ahwach Demnate), Zagora (Ahwach Rokba et Aklal Sif), Ouarzazate (Ahwach Taourirt, Sidi Daoud, Tifoultoute, Telouate, Tamassinte, Ouintejgal,Ouisselsate…) Ce bataillon de vieux routiers  s’était mis modestement et très significativement derrière ce qui devait représenter les futurs héritiers des Ahwachs.
La question de la relève est ainsi soulevée, avec d’autant plus de force qu’un pan indivisible de notre patrimoine musical traditionnel était menacé de disparition. Le Festival d’Ouarzazate est venu rappeler les Marocains à leur devoir vis-à-vis d’un genre artistique abandonné longtemps à son sort.
Une initiative à mettre à l’actif des acteurs de la ville, -autorités et civils compris-, qui ont réussi à monter un rendez-vous digne des plus grands festivals. Ce succès était dû essentiellement à un travail de pur volontarisme, qui dénote un désir partagé de réhabiliter un art dont les origines trempent profondément dans l’histoire de notre pays. Propre aux populations amazighes du Grand Atlas et de la région du Souss, cet art se veut expression socioculturelle du mode de vie des différentes tribus appartenant à cette sphère géographique. Basé sur le principe de la danse collective, l’Ahwach a des rythmes qui varient d’une tribu à l’autre. Le tempo est ou bien lent ou bien rapide ; le chant, lui,  alterne  romance, épître, invocation religieuse,  sensualité… L’Ahwach d’Aklal Sif (Zagora), joué sur fond d’escrime, illustre, à travers le duel entre les prétendants d’une même élue du cœur, un aspect de cette philosophie… Ce sont là quelques thèmes que l’on a relevé à travers les différents chants et danses des troupes d’Ahwach qui se sont succédé sur le podium. Un plaisir à la fois pour l’œil et pour l’écoute, la parole autant que le corps venaient traduire un mode tribal débordant de vie.
En témoigne la joie hystérique d’un public demandeur. Des touristes avaient mis, en l’espace du festival, un bémol à leurs randonnées à travers le Grand-Atlas pour venir partager avec les troupes d’Ahwach des moments privilégiés. Des nationaux, venus d’autres régions du Royaume, étaient également venus grossir les rangs. La population locale y a trouvé pour sa part une belle occasion de sortir. Le soir, les habitants d’Ouarzazate et régions affluaient par milliers sur cette place pour redécouvrir une part de leur histoire, de notre histoire. Au-delà de l’aspect festif, on pouvait apprécier des expositions d’arts plastiques, d’accessoires et autres décors de cinéma, des représentations théâtrales et des projections de films à l’intention de la population d’une ville considérée comme le «Hollywood du monde arabe» mais qui, paradoxe des paradoxes, ne compte qu’une seule salle de cinéma : «Atlas».
Un mot pour conclure : le 1er Festival a révélé un public ouarzazi des plus disciplinés. Avec les troupes d’Ahwach, il a été la véritable vedette de cette 1ère édition.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *