Al Ansari expose

Considérons un instant un paysage champêtre, formé d’un village, d’une forêt et de terres cultivables. Peint d’une certaine hauteur, ce paysage ressemble à un tableau naturaliste. Vu d’encore plus haut, le peintre le fait ressembler à des surfaces délimitées par des haies de couleur. Les maisons du village évoquent des cubes, les champs des tapis différemment colorés et la forêt une surface polie et verdoyante. Le tout ressemble à un Braque de la période cubiste.
Gagnons encore en altitude et les différentes composantes de ce paysage ne sont plus qu’un fouillis de tâches. C’est du Pollock. Essayons d’établir une carte météorologique du temps qu’il fera sur ce village, et cela donne du Mostafa El Ansari. La météo est si présente dans ses tableaux qu’elle en détermine l’appréhension et le fonctionnement. Chaque toile représente une situation climatique. Les titres des oeuvres de El Ansari ne font aucun mystère là-dessus : « La descente polaire», «Réchauffement sur la Méditerranée», «Pulsion sibérienne», «Régime à faible gradient», «Infiltration froide (Cutt off)», «Le sirocco», etc. Les explications de cet homme sont encore plus claires. «Ce tableau représente un régime d’hiver», tel autre «le régime de nord-est sibérien ; il fait très froid ; c’est le contraste entre le désert sibérien et tout ce qu’il entraîne comme basse température.» Mostafa Al Ansari explique chacune de ses oeuvres par des phénomènes météorologiques. Pas une seule fois, il ne parle de peinture. Il montre des vents, des tourbillons, des dépressions etc. Rien d’étonnant à cela, puisque l’homme exerce la météorologie depuis 38 ans. «Je projette mes préoccupations scientifiques dans mes tableaux» souligne-t-il dans ce sens.
L’homme établit ainsi une parfaite corrélation entre son métier et son art. Ce peintre jette sur la toile ce qui le passionne. Et que peut passionner une personne qui passe le plus clair de son temps à faire les prévisions du temps ? La connexion qui rattache le métier d’Al Ansari à son art est si forte qu’elle va au-delà de la récupération d’un lexique propre à un domaine pour le transcrire dans l’art. L’interdépendance entre le métier de l’intéressé et son art est en effet telle, qu’il n’est pas possible de voir ses tableaux en dehors de la passion qu’il éprouve pour la météo. Mostafa Al Ansari entend expliquer d’une façon rigoureuse son art avec ce qui relève de la météorologie. Il ne s’agit pas de la simple influence de son métier sur l’art, mais de la transcription stricte de ce métier dans l’art. De plus, Al Ansari fixe le temps. Chaque tableau se réfère une période déterminée, à un jour précis. La valeur émotionnelle attribuée à ce jour dépend aussi du spectateur. Celui-ci peut se sentir concerné par une période qui lui rappelle un épisode-clef dans sa vie. Il s’approprie de la sorte un tableau dont les prévisions ne s’attachent plus à un jour, mais s’inscrivent dans son histoire personnelle.
Mostafa Al Ansari est un passionné ; nul doute là-dessus. Il s’est frayé sa voie d’une façon très originale dans le domaine des arts plastiques.
L’originalité, quand elle est servie par la passion, a du bon. Mostafa Al Ansari parle de sa peinture comme de la météo. Il est probe et se tient en marge des querelles sur l’art. Il fait partie de ces excentriques dont l’excès de passion désarme toutes les critiques.
On voit dans les tableaux peints par Al Ansari des cieux, lointains et calmes, des temps orageux, des temps sereins, des ciels de diverses saisons, la nature des quatre saisons, une nature différemment colorée suivant le bon vouloir de la météo, du vert, de l’orange, des tons ocres, du violet, etc. Quelle que soit la nature des prévisions, il fait toujours bon de regarder un tableau de Mostafa Al Ansari. Il est empreint de la passion de l’homme.

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